MOT DE BIENVENUE de Jilani BENM'BAREK,
Président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Tunis
Monsieur
Sadok Korbi, Secrétaire d'Etat à la Recherche Scientifique
et à la Technologie
Monsieur Arturo Olivieri, Ambassadeur d'Italie en Tunisie
Monsieur Claude Cardella, Président de la CCI Marseille
Provence
Monsieur Luc Corso, Président de la CCI Italienne pour
la France à Marseille
Monsieur Robert Arzano, Président de l'A2CID
Monsieur Guiseppe Lamanna, Vice-Président de la CCI de
Gênes
Messieurs et Mesdames membres du Corps diplomatique
Messieurs et Mesdames cadres supérieurs de l'Administration
tunisienne
Chers collègues des CCI Méditerranéennes
Chers collègues des CCI Tunisiennes
Messieurs et Mesdames de la Presse écrite, parlée
et télévisée
Mesdames et Messieurs
Noble Assistance,
Permettez-moi
tout d'abord de remercier vivement nos amis méditerranéens
de la rive nord d'avoir bien voulu tenir à Tunis les Assises
de cette 4è Edition de la Convention Euro-Méditerranéenne
de Transfert de Technologies.
Mes remerciements s'adressent également aussi à
tous ceux et celles qui ont bien voulu nous faire l'honneur et
le plaisir d'être parmi nous.
Je voudrais notamment remercier le Président Claude Cardella
qui a eu à faire un choix difficile pour être parmi
nous alors qu'il devrait être à Marseille pour inaugurer,
ce jour, l'important salon de " La Franchise " qu'organise
entre autres la CCI Marseille Provence. Merci cher ami.
Sans trop tarder, je voudrais mettre cette manifestation dans
son contexte et ce en posant quatre questions :
- Pourquoi cette dénomination de " Convention Euro-Méditerra-néenne
" ?
- Pourquoi Tunis ?
- Pourquoi les thèmes choisis ?
- Qui est à l'origine de cette belle initiative et quels
sont ses objectifs ?
Je vais essayer de répondre modestement.
1°/
Le choix de la dénomination " Convention Euro-Méditerranéenne
de Transfert de Technologies " s'explique par la nouvelle
dynamique enregistrée entre l'Europe et la Région
Méditerranéenne et particulièrement entre
les pays méditerranéens du Nord et ceux du Sud.
On sent en effet, depuis quelque temps, un fort vent de rapprochement
entre les deux rives et ce malgré la conjoncture qui prévaut.
Ce rapprochement est d'autant plus ressenti dans le monde des
affaires et notamment au sein de l'Association des Chambres de
Commerce et d'Industrie de la Méditerranée "
l'ASCAME ".
Les conclusions de plusieurs études ont montré que
les pays du Sud ont besoin des pays du Nord et réciproquement.
Les études ont aussi révélé que pour
stopper l'immigration sauvage, il est devenu urgent et impératif
que les pays du Nord aillent investir dans le Sud et fixer ainsi
sur place les candidats à l'immigration sauvage lesquels
ayant trouvé emploi et dignité n'auraient plus envie
de courir les risques et les désagréments de l'éloignement
de leur milieu naturel.
2°/
A la question pourquoi Tunis ? Je laisserais mes collègues
ici présents répondre. Ils le feront certainement
mieux que moi.
3°/
Pourquoi les thèmes choisis ?
Qui ne connaît pas aujourd'hui l'importance de l'eau ? Qui
ne redoute pas aujourd'hui une guerre dont la raison profonde
serait le partage de l'eau, denrée plus importante que
le pétrole ? Qui ne reconnaît pas que sans eau, beaucoup
de pays vont être gagnés par la désertification
?
A propos de l'eau, je ne citerai que l'exemple du Canada, un pays
de trente millions d'habitants qui renferme 20 % des quantités
d'eau potable de la planète. Dans ce pays, les messages
publicitaires à la Télé incitent les canadiens
à protéger cette richesse en évitant de la
polluer et de la gaspiller. No comment !
A propos de l'énergie, la question est aussi épineuse,
voire peut être plus que celle de l'eau, car sans énergie
il n'y a pas de station de pompage, sans énergie il n'y
a pas d'unité de dessalement des eaux saumâtres,
sans énergie il n'y a pas d'unité de traitement
des eaux polluées et j'en passe
Le pétrole qui provoque la détresse et les malheurs
que nous vivons est éphémère. Dans 50 ans,
aux dires des experts les plus optimistes, il n'y aura plus de
pétrole du moins comme carburants. Il en restera un peu
pour la chimie.
Il n'y en aura plus alors que la planète aura vu sa population
doubler et surtout une population fortement consommatrice.
Quels sont donc les énergies de substitution ? comment
allonger la vie de l'ère pétrole ? et bien d'autres
questions auxquelles les spécialistes ici présents
apporteront un certain éclairage.
A propos des transports et de la logistique, d'aucuns vous diront
qu'aujourd'hui le monde souffre de certains dysfonctionnements.
La composante transport est très importante dans le prix
de revient d'un produit. En effet, il ne suffit pas de savoir
bien produire et produire pas cher. Il faut faire arriver à
destination la marchandise à un prix compétitif.
Les transporteurs, qu'ils soient aériens, maritimes ou
terrestres se plaignent alors que les producteurs et les consommateurs
sont mécontents. Une équation à plusieurs
inconnues est à résoudre. Une solution ou plutôt
des solutions existent. Le tout est de savoir s'écouter
mutuellement et de faire ensuite des concessions respectives.
A propos de la logistique, je ne poserai qu'une question : "
Pourquoi la moyenne de stand by des conteneurs est de 18 jours
dans le premier port de Tunisie, celui de Radès ?.
Une étude préliminaire a montré qu'il n'y
a pas un " fautif " précis ou des " fautifs
" potentiels mais que la question concerne une meilleure
coordination entre les diverses parties après une analyse
transparente de la situation.
4°/
A propos de cette initiative et de ses objectifs, je laisserai
le soin à mes éminents collègues de vous
exposer le pourquoi de cette manifestation annuelle, devenue incontournable
depuis sa Première Edition en 2000 à Marseille.
Je dirai tout simplement que l'un des objectifs consiste en l'ouverture
de l'Université sur le paysage des Entreprises. A ce propos,
les Chambres de Commerce et d'Industrie se sont révélées
être l'un des meilleurs catalyseurs après avoir été
le trait d'union.
Je
vous remercie de votre attention et formule le vu que ce
rendez-vous de Tunis soit marqué d'une pierre blanche dans
l'édifice de la Recherche Appliquée en Méditerranée.
...............................................................
ALLOCUTION de
Claude CARDELLA
Président de la
Chambre de Commerce et d'Industrie Marseille - Provence
La CCI Marseille Provence a placé
au cur de sa nouvelle stratégie, pour le développement
économique durable de Marseille et de sa région,
la mise en réseau des acteurs économiques du bassin
méditerranéen.
Cette
convention euro-méditerranéenne du transfert de
technologie est la parfaite illustration d'actions performantes
engendrées par cette mise en synergie des acteurs méditerranéens.
Elle se situe, en effet, au carrefour entre le réseau des
CCI de la méditerranée (ASCAME), à la création
duquel la CCI Marseille a activement participé, et le Réseau
Méditerranéen des Ecoles d'Ingénieurs, initié
par l'ESIM en 1997 à la demande de la Chambre.
Cette
convention me paraît par ailleurs tout à fait exemplaire
du type d'actions que les Chambres de Commerce et d'Industrie
doivent accompagner car elle a pour but de faciliter la mise en
place et le succès d'opérations concrètes
pouvant réellement déboucher sur une activité
économique en Méditerranée. Ainsi, après
les 3 premières conventions qui se sont tenues alternativement
à Gênes et à Marseille, cette 4e édition
va permettre d'examiner des projets de transfert de technologie
qui se trouvent au seuil de la concrétisation et pour lesquels
un appui des Chambres peut être décisif.
Une
autre caractéristique nouvelle et essentielle de cette
4e convention porte sur le choix des domaines au sein desquels
les projets ont été sélectionnés.
A l'initiative de la CCI de Tunis, dont je salue le Président,
mon Ami Jilani BENM'BAREK et que je remercie pour le dynamisme
et la qualité de son organisation, il a été
décidé de retenir prioritairement 3 secteurs vitaux
pour le développement durable de la Méditerranée
: l'eau, l'énergie et les transports: :
- en ce qui concerne l'eau, les experts présents
aujourd'hui vont malheureusement nous confirmer qu'il s'agit d'un
domaine présentant un risque majeur pour la vie des populations
méditerranéennes mais également et à
beaucoup plus court terme pour l'ensemble des activités
économiques agricoles et industrielles. L'eau représente
donc un double enjeu pour nos entreprises ; elle est indispensable
à leur activité et elle constitue elle-même
un marché porteur pour lequel les entreprises méditerranéennes
se doivent d'être présentes. Les spécialistes
vont nous confirmer qu'il ne peut pas être apporté
de solution durable à la maîtrise de l'eau sans une
approche pluridisciplinaire et multipartenariale associant tous
les acteurs concernés (politiques, administratifs, scientifiques
et les entreprises). Il est donc à mon avis du devoir des
Chambres d'aider les entreprises à bâtir des projets
concrets en partenariat avec les scientifiques et adaptés
aux attentes réelles des territoires et populations concernés.
Le projet CORVEO monté par l'ESIM dans le cadre du RMEI
avec un important consortium de laboratoires et d'entreprises,
dont la Société des Eaux de Marseille et les Sociétés
des Eaux des 3 pays du Maghreb, constitue un excellent exemple
d'un tel projet (voir fiche annexée dans le présent
dossier). Il va être lancé prochainement à
l'occasion du Colloque Hydrotop qui est organisée par mon
amie Reine Cienzo à Marseille du 22 au 24 octobre prochain.
- en ce qui concerne l'énergie, il s'agit bien entendu
de la clé de toute activité et de toute vie civilisée.
Par exemple, pour en revenir au thème précédent,
résoudre le problème de l'eau dans les pays du Sud
revient toujours in fine à résoudre un problème
d'apport en énergie permettant de produire une eau adaptée
à son utilisation. Contrairement au cliché souvent
répandu, les pays du Sud ne disposent pas tous de source
d'énergie inépuisable et à coût acceptable.
Ces territoires sont souvent composés à la fois
de grandes agglomérations urbaines, côtières
mais également de sites très isolés pour
lesquels les énergies nouvelles sont certainement la meilleure
réponse au maintien et au développement d'une activité
humaine et économique.
-
en ce qui concerne enfin les transports et la logistique,
vous savez tous que la civilisation et l'économie méditerranéenne
ont toujours été basées sur les échanges
au travers de cette mer qui nous réunit. Je suis totalement
persuadé que ce domaine d'activité est à
nouveau la clé de la renaissance économique et sociale
méditerranéenne.
................................................................
ALLOCUTION de Giuseppe LAMANNA
Vice-Président
de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Gênes
Je suis très
heureux de présenter à tous les intervenants les
salutations du Président Paolo Odone, retenu à Gênes
par un engagement imprévu et ne pouvant être prorogé,
mais qui sera cependant parmi nous demain pour modérer
le Forum de la logistique et tirer les conclusions du congrès.
Je salue en particulier le Sous-Secrétaire
de l'Etat tunisien pour la recherche, le Président de le
Chambre de Commerce de Tunis et de l'ASCAME Jilani Benmbarek,
que je remercie pour son merveilleux accueil, ainsi que les deux
amis et Présidents de Marseille, Claude Cardella et Luc
Corso.
Comme beaucoup d'entres vous le
savent déjà, ce congrès est naît d'une
entente entre la Chambre de Commerce et d'Industrie de Marseille
Provence, la Chambre de Commerce Italienne pour la France et la
Chambre de Commerce de Gênes dans les secteurs d'excellence
de cette région de l'Arc Méditerranéen :
les nouvelles technologies, les transports et le tourisme.
Ce congrès naît en
particulier du courant des nouvelles technologies, et a le but
de favoriser le transfert de technologique entre les centres de
recherche et les entreprises d'un côté, mais aussi
et surtout, entres les deux côtes de la Méditerranée,
encore séparées aujourd'hui par un fossé
technologique qui est de l'intérêt de tous - l'Union
Européenne comprise - de chercher à réduire.
Après les trois éditions
qui ont eu lieu - avec un intérêt croissant de la
part des entreprises, des Chambre de Commerce et des Universités
de toute la Méditerranée - entre Marseille et Gênes,
c'est la première fois que ce congrès débarque
sur la côte sud de la Méditerranée.
Et ceci est sans aucun doute déjà
un succès pour nous tous, car ça démontre
que nous avons été capable d'instaurer un dialogue
durable entre les deux côtes Méditerranéennes
sur un sujet si important pour le développement économique
de cette zone.
Un développement qui dépend,
en grande partie, des trois courants thématiques sur lesquels
nous avons choisis de concentrer nos travaux : l'eau, les énergies
alternatives, la logistique et les transports.
La Chambre de Commerce de Gênes,
en particulier, cordonnera le forum dédié à
la logistique et aux transports, un secteur dans lequel l'innovation
technologique peut être la solution pour simplifier ou même
éliminer les problèmes, les freins et les étranglements
qui souvent se traduisent par des coûts très pesants
pour le système des entreprises, pour l'environnement et
pour la collectivité.
Je ne veux pas m'étendre
d'avantage sur ce sujet, puisque je sais que les intervenants
de la matinée sont nombreux et tous aussi importants, ainsi
je vous souhaite à tous bon travail et je cède la
parole à
.
................................................................
ALLOCUTION de Luc CORSO
Président de la Chambre de commerce Italienne pour la France
La
Chambre de Commerce Marseille- Provence, la Chambre de Commerce
de Genova, la Chambre de Commerce Italienne pour la France, ont
signé en 1999, une Charte de Partenariat se donnant des
objectifs communs de collaboration et notamment l'organisation
d'une convention sur le Transfert de Technologies.
L'objectif était d'aider les PME-PMI, structures importantes
du tissu économique productif :
- à devenir plus compétitives pour affronter les
défis du marché global ;
- à stimuler leur réflexion sur ce thème
;
- à les inciter à engager des actions de coopération
dans un partenariat Euro Méditerranéen ;
- à les impliquer dans des projets importants, à
côté des grandes industries, universités et
centres de recherche.
Près de la moitié des 2 millions de PMI européennes
ont introduit produits ou technologies innovantes sur le marché,
et il est compréhensible que les PMI occupent un rôle
clé, dans l'industrie : mais il est juste de dire, que
jusqu'à présent, seules les grandes entreprises
ont bénéficié du soutien économique
européen.
Augmenter les compétences technologiques et scientifiques
des PMI-PME est une priorité de tout le système
productif.
La faible collaboration entre les universités et les entreprises
reste deux mondes à part : il faut améliorer ce
rapport et c'est sûrement un objectif à poursuivre
pour accélérer le transfert de la recherche aux
entreprises et diffuser la culture de l'innovation.
Les Chambres de Commerce, depuis plusieurs années, ont
pris l'initiative de mettre en contact le monde des entreprises
et l'univers de la recherche.
- Le Sud de l'Europe et la Méditerranée sont les
deux zones prioritaires, des activités extérieures
de l'Union Européenne pour instaurer un rapport de confiance,
basé sur la coopération économique.
Ce partenariat, a pour objectif de promouvoir les contacts et
les transferts du savoir-faire entre les sociétés
civiles du Nord et du Sud de la Méditerranée.
Pour le réaliser, nous basant sur les réseaux des
Chambres de Commerce ASCAME du réseau des Ecoles d'Ingénieurs
RMEI et du réseau des Chambres de Commerce italiennes dans
le Monde,
nous avons composé des Tables Rondes avec entreprises,
universités et chercheurs et choisi pour cette édition
trois thèmes importants :
et
c'est sur ces trois thématiques que se dérouleront
ces deux journées.
Les éditions des Conventions de ces dernières années,
ont provoqué la naissance d'un site Internet, dédié
entièrement à cette initiative permettant de visionner
toutes les informations relatives au développement technologique.
A terme sera créée une véritable bourse qui
permettra aux entreprises et chercheurs d'entrer en contact et gérer
directement des projets comme une infrastructure informative et
interactive, dans tout le bassin méditerranée, permettant
de bâtir des partenariats concrets et accompagner le développement
durable.
................................................................
ALLOCUTION de Arturo OLIVIERI
Ambassadeur d'Italie en Tunisie
"
Je souhaite avant tout remercier le Président de la Chambre
de Commerce et Industrie de Tunisie, Jilani BENM'BAREK, pour l'organisation
; le Ministre et le Secrétaire d'Etat à la Recherche
de Tunisie; ma gratitude s'adresse à tous les représentants
des Chambres de Commerce qui ont développé et appuyé
cette Convention et qui en font partie.
Bien..,
lorsque les conventions sont aussi spécifiques et techniques,
l'intervention des diplomates est moindre, il ne leur reste qu'à
écouter ; je tiens toutefois à souligner deux concepts
:
-
Le premier concerne l'entreprise dans le Bassin Méditerranéen,
qu'elle soit petite ou moyenne.
Les trois thèmes de la Convention qui va débuter
sont : l'eau, l'énergie, les transports ou plus précisément
l'efficace utilisation des ressources en eau, la certitude d'avoir
des ressources énergétiques et l'efficacité
des transports, sont pour les entreprises, des facteurs productifs
de manière plus ou moins directe.
On comprend donc parfaitement que, s'en occuper en temps voulu,
signifie créer des conditions de compétitivité
qui sont fondamentales sur le marché global.
En d'autres mots, il ne pourra pas y avoir très prochainement
d'entreprises de la zone Euro Méditerranée, qui
soit performante et compétitive, sur le marché glacial
de la concurrence, comme disait le fameux économiste Friedman,
sans pouvoir compter sur un système énergétique
d'approvisionnement hydrique et un système de transports
qui la soumettent à de meilleures conditions. Mes félicitations
sont donc très sincères pour l'organisation de cette
convention et pour les thèmes choisis.
-
Je voudrais exprimer également ma satisfaction en ce qui
concerne le choix de la Tunisie.
Cela signifie beaucoup, et signifie particulièrement que
la création d'un partenariat entre les Pays de la rive
nord du Bassin Méditerranéen et ceux de la rive
sud, est en train de se concrétiser au delà de la
simple rhétorique. Je dois dire qu'en ma qualité
d'Ambassadeur d'Italie en Tunisie, ces quatre mois, lors desquels
j'ai eu l'honneur et même la joie de vivre dans ce Pays,
me permettent de témoigner de l'important esprit d'entreprise
et de l'énorme potentiel de développement qui y
existent.
Voici
le message qu'un Ambassadeur doit laisser dans un contexte comme
celui-ci, car la Tunisie est un Pays dont on peut apprécier
la stabilité aussi bien politique que sociale ; les deux
choses peuvent être à la fois synonymes et ne pas
l'être. C'est un Pays stable politiquement grâce à
la succession de classes politiques et un Pays stable socialement
car les habitants se sentent bien grâce à leur classe
politique, générations après générations.
Ce qui en fait sa stabilité, c'est son cadre politique
ou si vous préférez, son contexte social.
Portons
rapidement notre attention sur les rapports politique universitaires,
je souhaiterais parler en effet de ceux qui écoutent avec
grand intérêt la qualité oratoire des interventions.
Le
Président Luc CORSO parlait d'engagement universitaire,
d'engagement de qualité, en ce qui me concerne, je suis
heureux de rappeler que outre les 800 entreprises italo-tunisiennes,
il y a bien 40 accords de coopération parmi le monde étudiant
de l'Université et de la recherche tunisienne et les Universités
italiennes. Ceci est aussi important à mes yeux que les
800 entreprises. Il est vrai que ces dernières donnent
du travail à 44.000 amis tunisiens et naturellement, elles
ne le font pas par bienfaisance mais également à
leurs propres profits. Ce qui est tout à fait normal ;
elles contribuent, par ailleurs, au développement de leur
Pays et également du nôtre.
Les
avantages compétitifs, comme les bas salaires et peut-être
la position géographique, maintenant que la Tunisie se
rapproche de l'Europe, diminueront progressivement pour laisser
place aux avantages compétitifs de qualité.
Ce n'est pas par hasard que je veux saluer le Président
BEN ALI, qui l'a défini lors du dernier congrès
du parti majoritaire comme le "congrès de l'ambition".
L'ambition pour la Tunisie est de sortir du monde des " pays
sous-développés ", pour entrer dans le monde
des " pays développés " économiquement
parlant, car bien évidemment le monde est unique.
Suite à ces félicitations pour le choix de la Tunisie,
je vous invite à travailler sur ces thèmes sérieux
et importants, vous adresse mes salutations et vous remercie de
votre accueil et de votre disponibilité.
OUVERTURE
OFFICIELLE PAR
Loïc FAUCHON Vice - Président du Conseil Mondial de
l'Eau
"Rôle
de l'innovation pour résoudre les problèmes majeurs
en Méditerranée et en particulier ceux de l'eau"
Monsieur
le Ministre,
Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi
tout d'abord de vous adresser mes félicitations pour la tenue
de cette 4ème Convention.
Le sujet choisi, celui de l'innovation et des échanges technologiques,
est au cur des préoccupations du moment, tout particulièrement
dans le domaine de l'eau et de l'environnement. La rencontre des
connaissances est indispensable à la constitution d'une communauté
méditerranéenne du savoir et votre initiative va en
ce sens.
Puis-je aussi vous remercier pour votre invitation à faire
participer le Conseil Mondial de l'Eau à cette réunion,
et à vous exposer sa vision du champ de l'innovation dans
la résolution des problèmes hydropolitiques de cette
région.
Le choix de Tunis pour la tenue de cette nouvelle convention me
paraît hautement significatif. Nous sommes ici dans un pays
où l'on sait ce que les efforts pour l'accès à
l'eau et à l'assainissement signifient. Un pays où
des savoir-faire importants existent et où des moyens politiques
et financiers considérables sont consacrés à
ce secteur. La Tunisie est sans conteste l'un des pays les plus
avancés du bassin méditerranéen en matière
d'environnement. Son expertise est respectée et reconnue,
et les échanges avec elle nombreux et particulièrement
enrichissants.
A titre d'exemple le plus récent, puis-je dire ici, qu'au
milieu de la semaine dernière, les exploitants de Tunis et
de Marseille étaient réunis pour confronter les données
établies, suite à des épisodes pluvio-orageux
désastreux qui ont frappé récemment ces deux
villes. Nous en tirons des enseignements communs et des plans d'action
établis après de fructueuses concertations.
Avant de venir sur le thème de l'innovation, essayons ensemble
de préciser de quoi nous parlons et comment se présente
aujourd'hui la photographie de la planète de l'eau.
Contrairement aux idées reçues l'eau est une ressource
particulièrement abondante, même si elle est souvent
peu accessible.
Ainsi, le volume de l'eau sur Terre est de l'ordre de 1,4 milliards
de km3 ; le km3, une unité de compte que l'on a peu l'occasion
d'utiliser. Retenons que l'eau douce ne représente elle-même
qu'environ 2,5 % du tout, soit 35 millions de km3. Dans ce total,
l'eau des glaciers et de la couverture neigeuse pèse pour
70 %, ressources pour l'essentiel situées en Arctique et
en Antarctique.
Il reste donc 30 % dans les fleuves, les lacs, les réservoirs,
les nappes plus ou moins profondes. Au total, les experts s'accordent
à dire que 1% en réalité de l'eau douce est
effectivement disponible et utilisable, ce qui représente
en soi de l'ordre de 300 000 km3. Ce chiffre est à rapprocher
des prélèvements annuels en eau douce effectués
à la surface du globe et qui sont inférieurs à
5 000 km3, soit à peine 2 %.
Chacun ici pourrait dire, pourquoi tant de bruit, de discours, alors
que nous avons tant d'eau à notre disposition ? Tout simplement
parce que l'eau n'est pas toujours là où il le faut.
Ici il y en a trop, là pas assez ; ici encore elle ne coule
qu'occasionnellement, là à nouveau sa qualité
laisse à désirer.
La Méditerranée est un exemple frappant de ces disparités,
de cette "inconstance hydrique". La disponibilité
y varie de 40 à 400 l/jour/habitant. C'est l'illustration
de l'existence d'un "triangle de la soif" de Gibraltar
à la Corne de l'Afrique et jusqu'au Pakistan. Dans cette
vaste région, de plus d'un demi milliard d'habitants, le
stress hydrique est considérable et la pénurie existe
parfois.
Au Nord de la Méditerranée, la ressource est en moyenne
supérieure à 3 000 m3/an/hab., alors qu'au Sud et
à l'Est, on peut descendre à moins de 1 000 m3/an/hab.
Paradoxalement, la desserte en eau est plutôt bonne. Elle
dépasse 80 % dans la quasi totalité des pays riverains.
Ce phénomène résultant des efforts des Etats
ne fait qu'accroître les écarts car la demande en eau
au Sud augmente plus fortement qu'au Nord avec l'arrivée
sur le marché de l'eau d'un plus grand nombre de consommateurs,
plus rapidement exigeants, dans des pays où la modernisation
agricole, industrielle et domestique s'accroît rapidement.
Tout cela, de surcroît, doit être replacé dans
un contexte d'évolution climatique complexe dont les contours
restent encore incertains.
Que savons-nous en effet de ce réchauffement dont on parle
tant ? Au siècle dernier, il a pu être mesuré
de l'ordre du demi degré. Cela paraît peu, en réalité
c'est beaucoup et les conséquences s'en font sentir avec
la fonte des glaciers, la montée des eaux, l'évolution
des saisons continent par continent. Tout cela, bien évidemment,
n'étant pas uniforme, avec des conséquences locales
souvent très variables.
Et puis, se superposant à ce premier phénomène,
il semble y avoir des cycles courts dont on apprécie mal
l'amplitude, la localisation exacte et qui d'évidence favorisent
l'expression des extrêmes : des précipitations débridées
ici, des sécheresses accrues là, quand ce n'est pas
au même endroit d'une saison à l'autre.
Bref, les choses ne sont plus ce qu'elles étaient et nos
météorologues sont quelque peu désorientés.
Tout cela ne favorise guère les prévisions hydrologiques
et la programmation des investissements.
Mais nos difficultés ne s'arrêtent pas là, car
la sagesse de l'homme est quelque peu écornée par
l'inconséquence de certaines de ses activités.
Il faut le dire assez nettement, l'homme est bien souvent le premier
ennemi de l'eau car les activités qu'il développe
représentent fréquemment une menace pour l'eau.
C'est évidemment le cas de la pollution marine, qu'elle vienne
de terre ou du transport maritime. C'est le cas avec les effluents
agricoles qui polluent parfois des bassins hydrographiques entiers.
C'est encore le cas avec les rejets industriels de toutes sortes,
ou plus simplement avec l'absence d'épuration de villes et
de mégapoles dont on voit trop fréquemment encore
les effets en Méditerranée.
Mais cette menace ne se limite pas à la dégradation
de la qualité de l'eau. Elle a parfois des causes plus complexes.
Ainsi en est-il du rapport entre l'eau et la démographie.
C'est un sujet rarement évoqué, considéré
comme délicat et même pour certains purement et simplement
tabou.
Vous le savez tous ici, 40 % au moins de la population mondiale
tire son eau de puits, de rivières, d'étangs, de mares,
situés en dehors des lieux d'habitation. Tandis que l'humanité
meurt de soif dans les endroits les plus arides, une autre partie
affronte régulièrement la perspective d'inondations
et de montées des eaux dans les régions humides.
Et pendant ce temps, la croissance démographique soutenue
ajoute une charge intolérable, insupportable sur les terres
et sur l'eau.
Depuis le début de l'histoire de l'humanité, ce n'est
qu'en 1830 que la planète a atteint un milliard d'habitants.
Un siècle seulement aura suffi pour le second milliard. Le
troisième arrive en 40 ans, et il n'aura fallu que douze
ans pour le plus récent, le sixième milliard.
On peut y ajouter chaque mois l'équivalent de la population
de l'agglomération new-yorkaise. Et si un million de personnes
disparaissent à l'occasion d'une famine ou d'une guerre,
elles sont remplacées en quatre jours.
Cette explosion démographique entraîne bien évidemment
une augmentation spectaculaire des besoins en eau tirée des
rivières et des aquifères. Car si la population mondiale
a doublé depuis le milieu du XX° siècle, la consommation
d'eau a, elle, plus que triplée.
L'un s'ajoutant à l'autre, pollutions de toutes sortes et
concentrations excessives de population, le prix à payer
est lourd, de plus en plus lourd.
Ce prix s'appelle dégradation des sols, salinisation, déforestation,
érosion, avec le cortège d'appauvrissement généralisé
que cela signifie.
Ce prix, c'est la moitié des plus grands fleuves du monde
considérés comme gravement pollués ou en train
de se tarir. Et autant de zones humides, écologiquement productives
qui ont disparu en une centaines d'années.
L'autre menace que je voudrais évoquer, est celle que fait
peser l'homme, par ses comportements souvent imprudents de soif
d'expansion, par son appétit de pouvoir. Toutes choses qui
provoquent des tensions, qui peuvent mener à des conflits
liés à l'eau. Conflits locaux, régionaux, transfrontaliers,
voire à l'échelle d'un sous-continent tout entier.
Ce n'est évidemment pas une nouveauté. De tous temps
les hommes se sont affrontés pour la maîtrise d'un
puits, l'accès à une rivière, la propriété
d'une source. De nos jours, ce sont les Etats qui s'opposent pour
la maîtrise d'un bassin tout entier.
Les problèmes au Proche-Orient sont évidemment dans
tous les esprits. Avec la Palestine d'abord, où le stress
hydrique est certainement l'un des plus importants qui soient. En
Cisjordanie, même les Palestiniens, pourtant largement majoritaires,
ne disposent que de 10 % des droits d'eau et sont dans une totale
dépendance à l'égard des Israéliens.
Dans les bassins du Tigre et de l'Euphrate aussi, où l'alimentation
en eau douce de l'Irak, d'une partie de la Syrie, est soumise au
bon vouloir de la Turquie.
Oui, Mesdames et Messieurs, nous avons là bien des raisons
d'être inquiets, préoccupés quant à la
disponibilité future des ressources en eau ici et là,
autant que des usages locaux qui peuvent en être faits.
Et les questions que nous devons nous poser sont :
-
Quelle attitude nouvelle, quels comportements différents
pouvons-nous, devons-nous adopter pour garantir un meilleur accès
à l'eau au plus grand nombre d'habitants de cette planète
?
-
En quoi pourrions-nous être novateurs dans notre approche
de la gestion de l'eau ?
Répondre à ces questions simples, compréhensibles
par tous, c'est nous intégrer dans la démarche que
vous avez entamée en matière d'innovation et de transfert
de technologies.
Pour tenter d'y répondre et pour la clarté du propos,
je tenterai de regrouper quelques idées et propositions sur
le sujet en quatre domaines.
Le premier est celui de l'innovation technologique pour laquelle
je voudrais citer quelques exemples particulièrement concrets
:
· La meilleure gestion de l'eau présente selon la
règle "gaspiller moins, consommer moins".
-
Gaspiller moins, c'est mettre tout en uvre pour que les systèmes
de production et de distribution aient le meilleur rendement possible.
Eviter les pertes abyssales liées à la production
agricole en utilisant des techniques simples, souvent peu coûteuses,
en diminuant significativement l'évaporation, en évitant
l'aspersion excessive au bénéfice de la couverture
des ouvrages et du goutte à goutte. Réduire les taux
de perte conséquents des réseaux urbains avec des
programmes systématiques de recherche de fuites et de renouvellement
des canalisations.
-
Consommer moins, c'est favoriser les recherches qui permettent de
mettre à disposition de l'usager et du citoyen une gamme
d'appareils sensiblement moins consommateurs d'eau, comme les machines
à laver la vaisselle ou le linge, les douches, les cuvettes
de toilettes, les lavages de voiture ou les arrosages de plantes
et de jardins. Toutes choses qui sont devenues des arguments de
vente et nous encouragent à l'économie pour une utilisation
plus intelligente des évolutions technologiques au service
de notre vie quotidienne.
Dans
certains pays, encore trop peu nombreux, cela a amené, avec
d'autres facteurs, à ralentir puis à stabiliser la
consommation d'eau domestique par
habitant. La même volonté produisant les mêmes
effets, des résultats similaires sont obtenus en matière
industrielle.
·
Les nouvelles formes de traitement de l'eau ouvrent des champs intéressants.
-
C'est le cas d'abord du dessalement de l'eau de mer et plus largement
du traitement des eaux saumâtres. Un pas important a été
franchi au cours des dix dernières années avec l'utilisation
de l'osmose inverse. Cela a notamment permis une baisse spectaculaire
du prix de l'eau ainsi traitée de l'ordre de 6 à 1.
Cela ouvre des perspectives à bien des Etats, des régions,
pour lesquels l'accès au dessalement semblait totalement
impossible.
-
En sera-t-il de même pour la réutilisation des eaux
usées ? Ici aussi les progrès ont été
spectaculaires, mais la problématique est quelque peu différente.
Chacun sait bien sûr que l'on peut arroser des espaces verts,
des golfs avec de l'eau domestique épurée souvent
à grands frais. Il y a toujours cette pratique des limites
sanitaires, voire psychologiques, qui font considérer qu'elle
restera longtemps encore à la marge.
· Des possibilités supplémentaires d'exhaure
de l'eau douce sont utilisés ici où là.
-
L'utilisation des nappes fossiles fait controverse au Maghreb notamment.
Chaque pays peut-il en disposer librement s'agissant d'étendues
d'eau profondes à l'échelle d'un continent ? Ou bien
s'agit-il d'un patrimoine de l'humanité dont l'usage doit
être soumis à concertation, voire à convention
internationale ? La tentation est forte, bien sûr, pour ceux
qui connaissent la soif de les utiliser, même si leur renouvellement
est particulièrement lent. Mais n'en faisons-nous pas de
même, avec une approche généralisée de
la communauté mondiale pour les ressources gazières
et pétrolières ?
-
Plus ponctuelle, mais moins polémique, serait l'utilisation
locale de résurgences en mer issues des systèmes karstiques.
Des expérimentations en vraie grandeur sont en cours, dont
le résultat est à regarder comme des apports à
des situations très particulières d'insuffisance de
la ressource.
· Les transferts d'eau à grande distance enfin doivent
être regardés comme des solutions à plus long
terme susceptibles de répondre à des cas d'exceptions
(isolement, insularité) ou à des situations durables
de stress hydrique.
Curieusement,
ce sujet fait souvent polémique alors que le transfert de
la ressource est, pourrait-on dire, vieux comme le monde. Aqueducs
et foggaras sont deux exemples parmi tant d'autres du genre de l'homme
et de sa capacité à répondre par des travaux
gigantesques aux nécessités de l'alimentation en eau
de régions agricoles ou des grandes villes de l'époque.
A
l'échelle du savoir-faire contemporain, on peut aisément
imaginer la création de véritables autoroutes de l'eau
du Nord vers le Sud, comme il en existe en sens inverse pour le
pétrole et le gaz.
Au
nom de quel protectionnisme les habitants de telle ou telle région
se déclareraient-ils propriétaires d'une ressource
qui vient de plus haut et de plus loin ? Le débat relatif
à la création d'un "méga tuyau" entre
le Rhône et la Catalogne est à cet égard particulièrement
intéressant. Au moment où l'Europe se construit inéluctablement,
certains, au nom de corporatismes désuets ou de nationalismes
exacerbés, préfèreraient voir plus de 90 %
de l'eau du Rhône se perdre en Méditerranée
plutôt que d'en voir 5 à 10 % secourir nos voisins
catalans. L'innovation, c'est évident, est à rechercher
dans les esprits plus que dans les techniques.
On comprend très aisément à travers ce dernier
exemple que l'on passe naturellement du technique au politique.
Et qu'en cette matière nous avons aussi à clarifier
les choses.
L'innovation
politique, le second des domaines à évoquer, peut
être regardée comme notre capacité à
placer l'eau, comme le disent nos collègues anglo-saxons,
au plus de nos priorités dans notre agenda. Il y a pour cela
deux directions prioritaires :
· La première direction est de mettre en uvre
les conditions de cette priorité donnée à l'eau
dans le développement des Etats et de leurs territoires.
La question est simple : l'eau a-t-elle toujours la place qu'elle
mérite ? Les bailleurs de fonds, les responsables internationaux,
les gouvernants, les élus locaux, y consacrent-ils suffisamment
de moyens ? Sont-ils bien convaincus qu'avec son corollaire l'assainissement,
l'eau est bien la priorité des priorités ?
La
réponse est aussi simple. Certainement pas, et il faut le
dire, pour qu'enfin l'eau potable passe avant le portable, les "tinettes"
avant Internet et surtout, surtout, les robinets avant les fusils.
Certes, les discours sont favorables, les intentions louables, mais
il y a encore un large fossé entre les discours et les actes.
Il ne suffit pas de dire qu'il faut plus d'argent pour l'eau, il
faut du courage pour dire combien, du courage pour dire où
l'on va prendre cet argent, comment et à qui.
C'est
toute notre intelligence, notre volonté, notre influence
qui doivent être mobilisées, dans la durée,
pour faire accepter ce principe de priorité à l'eau.
Car ce plaidoyer pour l'eau, juste et généreux, doit
emporter progressivement l'adhésion du plus grand nombre.
Le
rapport présenté cette année sous l'autorité
de Michel Camdessus, ancien Directeur général du Fonds
Monétaire International, est un premier pas en ce sens. Il
réveille les consciences, surtout les mauvaises, pour envisager
la réforme des financements et la mobilisation la plus large
des capacités de toutes sortes. Il faut aller plus loin,
beaucoup plus loin en dépassant le pouvoir de quelques grandes
banques et la générosité des coopérations
bilatérales et des aides multilatérales.
· C'est la deuxième direction : celle affirmée,
expliquée et parfois imposée de la décentralisation
de l'eau. La compétence de l'eau, c'est d'abord celle de
l'échelon local, le plus proche du citoyen lui-même
consommateur et usager.
Les
petits ruisseaux font, dit-on, les grands fleuves. C'est la mobilisation
de la somme des capacités locales qui, seule, ouvre des perspectives
d'une autre échelle. Ce n'est plus seulement le consommateur
qui est au centre de cette bataille pacifique. C'est le client avec
l'ensemble du réseau local : associations, coopératives,
sociétés mutualistes, collectivités locales,
entreprises, qui va exprimer la volonté d'un service public
de l'eau accessible, transparent, mais professionnel.
L'organisation
politique locale n'a plus alors qu'à porter puis à
transposer cette volonté dans l'utilisation des financements
locaux et des aides nationales et extérieures.
L'expression
ne peut venir que de la base, là où l'on sent le problème,
les besoins, les contraintes, là ou l'on sait mieux que dans
les palais, ce que manque d'eau ou eau sale signifie.
Laissons
des décennies d'assistance insultante et acceptons de considérer
que chaque individu est largement prêt, là où
cela est indispensable, à consacrer un peu, voire un peu
plus, de son temps, de son énergie, de son argent, à
participer à l'organisation de l'accès à l'eau
dans sa sphère locale.
Cela
nous fait entrer dans un troisième domaine d'innovation,
celui qui touche à l'administratif et au réglementaire.
C'est l'organisation et la codification du régime de l'eau
qui sont en cause, dont je voudrais préciser ici deux aspects
qui me paraissent déterminants.
· D'abord, la nécessité de transposer la volonté
politique dans l'expression des budgets publics. L'eau est un bien
trop essentiel à la vie pour que l'on ne sache, l'on ne dise
ce qu'il en coûte pour en disposer. Il devient donc indispensable
de généraliser la notion de recette affectée,
pour l'eau autant que pour l'assainissement.
Au
delà de la formule polémique "l'eau paie l'eau",
il faut voir dans cette disposition budgétaire la nécessité
de calibrer l'effort à hauteur de la décision. L'usager-citoyen
est majeur, les décideurs lui sont redevables de comptes
simples qui expliquent et justifient l'effort. L'argent collecté
pour l'eau doit aller à l'eau, dans un souci de vérité
autant que d'amplification des moyens qui lui sont consacrés.
· Ensuite vient le rassemblement le plus large des capacités
à gérer la priorité de l'eau. Les capacités
publiques, toutes les capacités publiques sans exclusive
ni concurrence dommageable à l'efficience du service. Et
celles du secteur privé à travers cette formule nouvelle
qui recouvre des usages pourtant très anciens de collaboration
entre la puissance publique et l'initiative privée.
Que
n'entendons-nous pas à ce sujet ? Passions, réquisitoires,
fantasmes. Tout est bon pour certains pour réfuter cette
évidence que le concours de tous est nécessaire.
Ce secteur privé, présent dans 2 à 3 % de la
gestion des systèmes d'eau agricole, industriel et domestique
à la surface du globe. Présentée de manière
caricaturale, la prétendue "privatisation" de l'eau
est un concept qui n'a jamais été transposé
dans la réalité : la privatisation, qui en matière
économique correspond à la cession des actifs n'existe
pas en matière d'eau et d'assainissement. Parler de délégation
temporaire de service public est plus juste, qu'il s'agisse notamment
de gérance, d'affermage, ou de concession.
Le privé est utile au public, pour autant que ce dernier
garde sa souveraineté, c'est à dire le contrôle
le plus strict sur le prix de l'eau, et sur le volume des dépenses
à effectuer pour garantir sécurité et qualité.
La
délégation de service signifie l'instauration d'un
véritable partenariat. Et le partenariat ne peut s'entendre
sur la durée que s'il repose sur la confiance mutuelle et
la certitude que chacune des deux parties trouve son compte dans
l'uvre commune. La délégation de service public
doit donc être librement consentie et entretenue.
Ces
considérations nous amènent au quatrième domaine
que je voudrais traiter très rapidement, celui de l'innovation
relationnelle et citoyenne.
Ce domaine nous amène au rapport entre l'eau et le citoyen.
La conscience des populations est-elle suffisante, la conscientisation
de l'état de l'eau convient-elle ?
Si tel est le cas pourquoi une proportion aussi grande de l'humanité
gaspille-t-elle une ressource dont une autre partie manque cruellement
?
Trop d'habitants de cette planète, en réalité,
ne savent que confusément qu'il y a une vraie difficulté
pour l'avenir.
Informer, expliquer, convaincre, nous ne pouvons contourner ces
nécessités, si l'on désire avoir et conserver
quelque crédibilité en matière de gouvernance.
Et vous le savez, nous sommes encore loin du compte. Cela signifie
que le débat doit être permanent, souhaité,
recherché, provoqué. Cela signifie aussi que gouvernants
et décideurs soient bien convaincus que de ce débat,
ils ne feront pas l'économie.
Débat sur la nature des ressources, débat sur les
usages, débat sur les prix, débat sur les statuts.
Sur tout cela le citoyen dispose d'un droit à la vérité,
une vérité à l'établissement de laquelle
il doit participer, comme il le doit aussi pour l'emploi, la santé,
l'éducation.
Mais une vérité pour laquelle, s'il doit connaître
ses droits, il doit également être conscient de ses
devoirs, dans le sens d'une plus grande responsabilisation.
La qualité du débat, on le sait depuis longtemps,
passe par l'éducation. Pas de débat, sans savoir.
Pas de savoir sans formation.
Nous avons en cette matière deux obligations impérieuses.
· La première c'est d'amplifier l'éducation
initiale à l'eau et à l'environnement dès les
premières années de l'enfance, non pas d'une manière
anecdotique et spectaculaire, mais en amenant profondément
dans la culture de nos jeunes, les notions de protection et de valorisation.
· La seconde, c'est d'établir une véritable
politique de formation professionnelle dans le domaine de l'eau
et de l'assainissement, comme cela est le cas pour l'électricité
et l'énergie. La France, la Méditerranée, a
besoin de spécialistes, pas seulement au sens technique de
l'eau, à tous les niveaux, et le déficit se fait aujourd'hui
cruellement sentir.
Au-delà de cela, il y a évidemment la recherche, la
recherche au service du développement avec des moyens démultipliés
à donner au couple université-entreprise et la facilitation
à la création de réseaux internationaux d'échanges
dans les domaines que nous évoquons ici.
Au
moment de conclure mon propos sur l'innovation et sa place dans
la politique mondiale de l'eau, permettez-moi de formuler trois
souhaits précis, au nom de la communauté méditerranéenne.
· Le premier est que dans chaque pays, chaque entreprise,
publique ou privée, nous amplifions les efforts consentis
en faveur de la recherche-développement ;
· Le second est que nous favorisions, autant que le permet
l'influence de chacun de nous, la constitution et l'interconnexion
de réseaux d'échanges du savoir, quelles qu'en soient
les thématiques ;
· Le troisième est que, dans le même temps,
nous ne nous exonérions pas des exigences de la gestion quotidienne,
celles-là même qui garantissent la qualité du
service au public.
Nous avons à satisfaire ce besoin, cette envie d'écoute
entre scientifiques. L'échange, les échanges, sur
l'eau sont ancestraux ; en même temps, ils n'ont jamais été
aussi contemporains.
Souhaitons très simplement qu'à travers vos travaux,
notre communauté apporte sa contribution pour garantir durablement
ce parfait équilibre entre la nature
FORUM:
EAU
Introduction par Philippe ZANIN
Président de Séance
Confirmation
pour l'ensemble des experts scientifiques et professionnels présents
(Messieurs Loïc Fauchon Vice Président du Conseil Mondial
de l'Eau, Jean Vergne Consultant de l'UNESCO sur l'Eau, Hachimi
Kennoui Directeur Institut Méditerranéen de l'Eau)
du rôle majeur de l'innovation pour résoudre
le problème de l'eau, particulièrement crucial en
méditerranée, dans le cadre d'une approche durable
du développement (respect à long terme des contraintes
sociales, culturelles et environnementales).
Unanimité
des participants sur la nécessité d'appréhender
l'innovation de façon globale et non pas uniquement
sur le plan technologique (innovation institutionnelle, innovation
contractuelle, innovation financière innovation relationnelle
appliquée à la communication et à l'éducation
sur le grand public et les décideurs publics et privés).
Sur
plan de l'innovation technologique, cette approche globale
doit également impérativement s'appliquer pour concevoir
des systèmes de production, de distribution et d'assainissement
d'eau
aux
attentes et contraintes locales tout en respectant cette volonté
de durabilité pour préserver le patrimoine des futures
générations.
Pour
obtenir cette innovation adaptée, il faut absolument
respecter deux règles.
1- une approche réellement interdisciplinaire appliquée
aux opérateurs de conception et de réalisation des
installations (équipes associant entreprises, experts de
l'eau mais aussi sociologues, économistes, géographes
)
2-
l'utilisation de méthodes de conception et de
gestion de projets permettant d'aboutir in fine à
des installations adaptées et durables (approche
systémique intégrant tous les paramètres
techniques et non techniques dès la conception).
Reconnaître
le rôle majeur des entreprises privées dans ce processus
d'innovation adaptée dans le domaine de l'eau, en
associant dès leur lancement les entreprises concernées
aux équipes chargées des projets d'utilité
publique.
Appliquer
cette nouvelle approche interdisciplinaire et méthodique
dès aujourd'hui sur des projets concrets au Maghreb,
à caractère particulièrement démonstratif,
pour finir de démontrer l'intérêt de cette approche.
Constater
qu'il existe de nombreux projets potentiels et en cours au
sein des entreprises publiques, entreprises privées, école
d'ingénieurs et laboratoires universitaires. Le problème
étant que l'approche multi-partenariale et interdisciplinaire
n'est pas vraiment appliquée à ces projets et que
de ce fait beaucoup d'entre eux ne se concrétisent pas
ou se concrétisent mal. (Quatre exemples de projets en
cours de montage ont été présentés).
Pire,
la plupart de ces projets ne sont pas connus par les entreprises
concernées. C'est pourquoi plusieurs recommandations
ont été émises vers les CCI pour aider à
l'identification et à la mise en oeuvre des projets avec
l'approche durable préconisée :
1)
Mettre en place une équipe multipartenariale permettant
d'alimenter la base de données crée par la CCI
Italienne en France et l'ASCAME sur l'offre des projets technologiques
labellisés au niveau pertinence et qualité en s'appuyant
sur le Réseau Méditerranéen des Ecoles d'Ingénieurs.
2)
Renforcer les rencontres opérationnelles entre les entreprises
et les acteurs scientifiques et technologiques sous la forme de
conventions d'affaires :
è très généralistes un l'eau comme Hydrotop
à Marseille
è spécialisées sur l'innovation durable pour
l'eau lors de notre Convention euro-méditerranéenne
sur le transfert de technologies.
3)
Mettre en place au travers des Ecoles d'ingénieurs et de
management de la Méditerranée des formations courtes
et efficaces, pour tous les acteurs de l'eau concernés,
sur l'approche interdisciplinaire et les méthodes de conception
systématique permettant l'innovation durable.
4)
Former également des cadres supérieurs à
double compétence technique et managériale capables
de monter et de piloter des grands projets associant de très
nombreux partenaires de plusieurs pays et de cultures très
différentes.
5) mettre en place un partenariat encore plus actif
entre les CCI méditerranéennes et le RMEI pour
aider à la création de structures de transfert
de technologies efficaces dans chaque pays du Maghreb et à
la mise en réseau de ces structures de transfert pour
faire du partenariat sud/sud en complément du partenariat
nord/sud. Bien orienter les structures de transfert pour ne pas
les limiter à la valorisation des résultats scientifiques
des laboratoires publics mais les orienter prioritairement sur l'analyse
des attentes et contraintes des entreprises (de l'eau notamment,
mais pas seulement) et un transfert d'expérience déjà
validé sur le terrain (exemple : système de gestion
multimédia des systèmes de production et distribution
de l'eau.
Enfin,
les participants au Forum émettent une recommandation
pour les futures éditions de notre Convention euro-méditerranéenne
sur le transfert de technologie :
maintenir
pour toutes les futures éditions les trois thèmes
: eau, énergie, transport-logistique qui sont des domaines
majeurs pour la méditerranée
ajouter
un quatrième thème correspondant à une autre
demande prioritaire en fonction du pays d'accueil et de son actualité
(exemple : technologie, innovation et culture pour la prochaine
Convention à Gênes.
"PROBLEMATIQUES SUR LE TRANSFERT DE TECHNOLOGIES DE L'EAU EN
MEDITERRANEE"
Jean VERGNES - Expert Eau à l'UNESCO
Hachmi KENNOU- Directeur Exécutif de l'Institut Méditerranéen
de l'Eau
LE
CONTEXTE
I.-
Des connaissances générales
Les 7 plaies de la Terre
Depuis un siècle, la biosphère subit des dégradations
croissantes, le plus souvent d'origines anthropiques.
On peut identifier sept principales plaies du XXIe siècle
qui affectent toutes les composantes de la biosphère, c'est-à-dire
la Vie : changements climatiques, consommation croissante d'énergie,
croissance de la population , pollution chimique, dégradation
des ressources en eau, trous polaires de la couche d'ozone, urbanisation
anarchique. La dégradation des ressources en eau est liée
à toutes les autres "plaies", sauf, peut-être,
les trous polaires de la couche d'ozone.
Concernant plus particulièrement les ressources en eau, il
est certain que de graves difficultés d'approvisionnement
en eau potable constituent une dure réalité pour les
habitants d'un certain nombre de régions du monde : un facteur
d'accélération de la pauvreté. La région
méditerranéenne est particulièrement touchée.
En réalité c'est tout le devenir de toutes les espèces
vivantes interdépendantes qui est concernée.
De l'Eau !
L'eau donne et entretient la vie à toutes les espèces
vivantes. Pour l'homme elle assure, en plus de l'alimentation, l'hygiène,
la santé, le confort, les loisirs. Si cette eau ne se trouve
pas en quantité suffisante, d'accès facile , douce
et non polluée, il y a pénurie d'eau potable.
Lors de ses déplacements, cette eau dissout ou emporte tout
ce qu'elle rencontre lors de sa circulation terrestre ou atmosphérique.
Suivant son utilisation, elle peut alors diffuser des pollutions,
propager des maladies, dégrader voire détruire la
vie. Il y a encore pénurie d'eau potable.
Un don de Dieu inépuisable et éternellement pur ?
En tout cas, la meilleure ou la pire des choses.
Inépuisable ? Non, car le volume terrestre de la ressource
d'eau renouvelable est constant. Comme la population mondiale croît
de façon régulière, le volume moyen d'eau par
habitant ne fait que décroître.Éternellement
pure ? Sûrement pas, malgré parfois sa limpidité
apparente, elle est très fragile et se pollue facilement.
Une simple élévation de température de 1°C
peut entraîner des désordres dans l'écosystème
que constitue un cours d'eau.
Si on peut constater des progrès dans les usages et la préservation
de cette ressource vitale, cela reste très insuffisant :
on observe une dégradation croissante de la qualité
de l'eau et une diminution des quantités disponibles.
Des origines de cette crise planétaire de l'eau et des conséquences
Origines naturelles
Influence climatique (éruption volcanique, perturbation solaire,
effet de serres. Mauvaise répartition des ressources (zones
favorisées, semi-arides ou arides). Volume constant des ressources
en eau (depuis la création du monde). Puissant solvant, en
perpétuel mouvement, l'eau entraîne ou dissout tout,
ou presque, ce qu'elle rencontre dans ses déplacements.
Origines
anthropiques
Égoïsme et absence de civisme. Ignorance . Complexité
des problèmes posés du fait du nombre paramètres
impliqués. Contraintes financières. Poids des cultures
régionales. Pression des pouvoirs établis. Absence
de volonté politique. Autorité défaillante.
Taux de croissance de la population et des migrations (saisonnières/définitives).
Pression de la pauvreté. Gaspillage.. Décharges sauvages.
Piratages de l'eau. Croissance anarchique des métropoles.
Pouvoir . Qualité incertaine de données actuelles
et des interprétations associées.
Le
Gaspillage
Les mesures gouvernementales doivent privilégier une politique
de lutte contre les gaspillages aux recherches systématiques
de nouvelles ressources d'eau (forages, unités de dessalement,
transport en eau). Ceci n'interdit pas de mettre en uvre momentanément
de nouvelles sources d'eau dans cette situation de crise aiguë.
Par contre, il reste très souhaitable d'imposer parallèlement
des mesures d'économie et une politique "anti-gaspi".
L'Europe n'a pas su faire l'économie d'une crise de l'eau.
Pour ne parler que du gaspillage, de 40 à 60 % (parfois plus)
de l'eau prélevée sont perdus (réseaux vétustes,
prélèvements clandestins, relevés non effectués,
).
Les réseaux de tuyauteries des grandes villes européennes
peuvent perdre jusqu'au 80 de l'eau qu'ils transportent, à
cause de leur mauvais état. La commission Économique
pour l'Europe de l'ONU évalue ces pertes à 10 milliards
de dollars annuels (58 milliards de FF)
En Espagne la moyenne d'eau perdue par ces fuites se situe à
27%, mais peut arriver dans certaines villes jusqu'au 50% d'après
l'Association Internationale pour l'approvisionnement de l'eau.
Quelques villes du Mexique arrivent à perdre le 60%de l'eau
à cause des fuites dans les vétustes systèmes
de distribution, comme déclareront les experts réunis
pour le Séminaire International pour la Gestion de l'Eau
qui eut lieu en Juillet 1996 dans la localité de Aguascalientes.
Les résultats de divers pays démontrent, par contre,
que les agriculteurs qui sont passés de l'arrosage par sillons
ou par aspersion à des systèmes efficients de goutte
à goutte ont réduit leur consommation d'eau entre
30 et 60% en accroissant souvent simultanément la productivité
de leurs cultures.
La consommation domestique en Europe est de l'ordre de 150 litres/pers/jour.
En Afrique, elle peut être au dessous de 30. Aux USA, 600
(jusqu'à 4000)
Conséquences
graves
Assèchement des ressources. Insécurité alimentaire.
Insalubrité. Politique nationale/régionale "eau"
inexistante/insuffisante/inopérante. Hygiène insuffisante.
Santé publique (fièvre typhoïde, gale, choléra,
). Hauteurs des investissements. Inquiétude et tensions
sociales .
Le
problème de la santé
Chaque année, plus des millions de personnes meurent de maladies
liées à sa consommation, au manque d'hygiène
dans le foyer ou aux défauts des canalisations. Et la diarrhée,
causée dans un 30%des cas par l'eau et donnant lieu à
une grave déshydratation et malnutrition, tue chaque année
presque 3 millions d'enfants de moins de cinq ans, ce qui représente
le quart des morts de ce groupe d'âge.
Les risques pour la santé associés à la consommation
d'eau seront spécialement importants dans les zones urbaines
en expansion rapide où l'accroissement de la population et
la construction de grandes métropoles limiteront encore d'avantage
la disponibilité d'eau, au dire des experts.
L'OMS calcule que la morbidité (nombre de cas) et la mortalité
(nombre de morts) dérivées des maladies graves liées
à l'eau se réduiraient de 20 à 80% si on la
rendait potable et on garantissait une canalisation adéquate.
Les agents pathogènes qui prospèrent dans les milieux
aquatiques peuvent provoquer le choléra, la fièvre
typhoïde, des dysenteries, la poliomyélite, l'hépatite
et la salmonellose. Ils se transmettent lorsqu'on boit de l'eau
infectée, on mange du poisson et des crustacés contaminés,
l'on se baigne, nage ou traverse à gué des eaux contaminées
ou par des insectes et des escargots aquatiques.
D'après l'OMS, la schistosomiase tue chaque année
quelques 20.000 personnes. On la contracte en se lavant ou se baignant
dans des rivières, lacs ou canaux infectés. Un ver
nommé schistosome pénètre par la peau, arrive
dans le sang et s'installe dans les vaisseaux sanguins des intestins
ou de la vessie, causant, par exemple, un type de cancer de vessie
qui est la principale cause de mort chez les hommes de moins de
44 ans en Égypte. Le nombre de cas de dracunculose a diminué
d'un 97% depuis 1986 grâce au mesures de prévention
adoptées, comme la filtration de l'eau, la désinfection
des étangs, l'installation de pompes et la protection des
fontaines. La dracunculose est causée par un parasite connu
comme ver de Guinée. La femelle adulte peut mesurer jusqu'à
un mètre de longueur et deux millimètres de largeur.
Quelques 200 millions de personnes d'Asie, d'Afrique et d'Amérique
Latine souffrent de giardiase, une infection intestinale qui se
transmet surtout par la consommation d'eau polluée par des
matières fécales. Elle cause de la diarrhée,
des douleurs abdominales et des pertes de poids. Chaque année
l'on enregistre 50.0000 nouveaux cas, la plupart chez des enfants.
Aux États Unis, l'Agence pour la Protection de l'Environnement
des USA calcule que les maladies infectieuses transmises par l'eau
coûtent au pays 10 milliards de dollars par an. En 1993 la
pollution de l'approvisionnement d'eau de Milwaukee rendit malades
plus de 400.000 personnes, dont 104 moururent. Le désastre
coûta à la ville quelques 150 millions de dollars (870
millions de FF).
En Russie, certaines zones des fleuves Volga, Dvina et Obi constituent
un danger, parce qu'elles contiennent des bactéries du choléra,
du typhus et la dysenterie, en plus du virus de l'hépatite,
qui se propagent à travers les systèmes d'approvisionnement
et contaminent l'eau potable.
En 1991 l'on considéra que l'eau déversée par
un cargo chinois était coupable d'avoir introduit la sorte
asiatique du choléra dans les eaux du Pérou. Après
le déversement, les bactéries se propagèrent
rapidement dans l'écosystème marin infectant le plancton
et arrivant jusqu'à la population humaine à travers
la consommation d'eau, de poisson et de crustacés contaminés.
Deux ans après le déversement l'on avait enregistré
plus de 500.000 cas de choléra en Amérique Latine,
200.000 d'entre eux au Pérou.
D'après une étude réalisée par Medicus
Mundi au Gujerat, un état situé à l'ouest de
l'Inde, l'eau des puits analysés était contaminée
à un très haut degré par des matières
fécales, contamination responsable de la présence
importante de parasites dans la zone. On analysa plus de 200 personnes
et il s'avéra que le 87,3% était infecté par
des parasites intestinaux. 85,3%était porteur de parasites
pathogènes.
Le
constat actuel
La crise de l'Eau ? Assurément un problème planétaire
dont la complexité est accentuée par :
Le poids de l'ignorance ,
La tiédeur des bonnes décisions, les mauvaises décisions
ou, pire, l'absence de décision,
Les difficultés pour développer des actions de recherches
pluridisciplinaires,
Les données "eau" à déterminer, à
réactualiser, à revoir , à normaliser, à
diffuser.
Une crise pour laquelle seuls les peuples qui supportent les dures
conséquences d'une eau rare et polluée, s'interrogent
sur les mesures urgentes, mêmes partielles, à prendre.
Indifférents ou sourds aux appels multiformes de détresse,
ceux qui ont encore assez d'eau en apparence limpide, restent convaincus
que le problème de l'eau serait pour "demain" et
"ailleurs". Et si problèmes il y a, Dieu ou la
Science sont là pour les résoudre.
Au début de ce XXIe siècle, les insuffisances des
politiques nationales visant une utilisation durable des ressources
en eau, concertées à l'échelle régionale,
ne peuvent qu'entraîner à moyen terme de profondes
tensions sociales et hypothéquer l'avenir des régions
impliquées
Mais ni les gouvernements, ni la communauté internationale,
ne sont préparés pour pallier les troubles sociaux
et les conflits extérieurs qui pourraient se produire si
la pénurie d'eau s'aggravait et se généralisait
(Worldwatch Institute - 2001).
La société devra-t-elle attendre de nouvelles catastrophes
écologiques encore plus significatives que celles de la fin
de ce siècle pour prendre les décisions qui s'imposent
?
Il reste une inquiétude : l'Homme est capable de s'habituer
aux pires conditions de vie.
Une crise planétaire
"Crise" signifie absence de décisions , décisions
timide ou mauvaise décision concernant la gestion durable
des ressources d'eau.
"L'avenir de la planète est entièrement entre
nos mains et si des catastrophes surviennent un jour, ce sera en
raison de nos mauvaises décisions politiques ou de notre
absence de décisions politiques "
La gestion durable des ressources d'eau, nationales ou internationales,
fossiles ou renouvelables, pose des problèmes d'une extrême
complexité. Une complexité issue du grand nombre de
paramètres impliqués et du poids, longtemps ignoré,
des sciences sociales et humaines (comportements humains, démographie,
développement économique, urbanisation, santé,
). Dans ce contexte, la définition et la mise en uvre
réussie d'une politique nationale de l'eau sont liées
à un préalable incontournable : la mise en place d'une
politique d'éducation et de communication en matière
d'eau de la population.
Éducation et Communication en matière d'eau pour
la population
En 1980, on parlait de "mesures universelles de protection
des ressources d'eau planétaires de manière à
garantir leur non leur épuisement".
En mai 2000, au Sommet de Malmö, Kofi Annan a demandé
solennellement "d'entreprendre un effort majeur d'éducation
du public, car nous n'arrivons même pas à maintenir
un débat sur la question".
L'ignorance a effectivement une grande responsabilité dans
cette crise de l'eau douce que la société humaine
maîtrise globalement très mal et dont tous les pays
subissent de façon croissante. Cette ignorance constitue
l'un des éléments expliquant le décalage entre
les discours officiels et les résultats obtenus.
Cette crise apparaît donc comme un problème de société
dont les solutions envisageables impliquent :
v
Une modification des modes de vie et des pratiques culturelles pour
permettre une gestion durable de l'eau ;
v Une prise de conscience : la dégradation de l'eau ne peut
plus être acceptée comme le prix à payer pour
ce que l'on appelle la croissance économique, le progrès
et l'ignorance ;
v La promotion d'une éthique de l'eau.
L'éducation
des publics (information, sensibilisation,
) et la recherche
d'une communication de qualité sont les seules démarches
pour faire comprendre à chaque individu que "le ciel
pourrait bien lui tomber un jour sur la tête" s'il ne
change pas ses comportements sociaux, son mode de vie et ses pratiques
culturelles.
Le concept d'éducation d'une population
Une éducation des population à un problème
complexe qui est celui de l'éducation de publics différents
pour faire découvrir la nécessité de nouveaux
modes de vie, pour apprendre à mieux gérer des ressources,
pour mobiliser les esprits, pour promouvoir la responsabilité,
pour faciliter le dialogue, pour former les experts,
le terme
d'éducation rassemblant les concepts information, sensibilisation,
éducation de base et formation.
"C'est l'affaire de tous !" dit-on souvent. A cette phrase,
qui n'aura aucune vertu magique sur le comportement des individus
par le fait de la répéter, il conviendrait mieux de
susciter un débat social et politique.
Un débat qui permettrait, en particulier, de rappeler que
si les aspects financiers et les prises de décision constituent
les fondations de toute solution envisagée, une éducation
de la société en constitue la clef de voûte,
une éducation pour laquelle les adultes constituent une priorité
: ce sont les adultes qui vont décider du devenir de la Planète
dans la décennie à venir et pas les enfants.
Des éléments identifiés de stratégie
conduisant à une politique nationale
v Connaître l'existant
v Éduquer les différents publics d'une population
pour responsabiliser les individus, sensibiliser les décideurs,
favoriser les modifications des modes de vie, faciliter la participation,
promouvoir la concertation, accepter certaines valeurs comme des
règles de vie (protection, solidarité, partage,
),
maîtriser quelques savoirs de base qui permettent de contribuer
à une meilleure gestion durable des ressources naturelles.
v Assurer de façon urgente des études économiques
comparées de tous les processus permettant de résoudre
la pénurie, tout particulièrement ceux qui prennent
en compte une diminution du gaspillage.
v Privilégier l'économie et la lutte contre le gaspillage
à la production de nouvelles sources d'eau.
v Renforcer des systèmes d'information
v Mettre en uvre un corpus de règles pour gérer
de façon durable des relations entre l'Homme et l'Eau
v Former l'expertise pluridisciplinaire nécessaire
v Donner un rôle majeur aux sciences sociales et aux sciences
humaines
v Promouvoir des activités de recherche interdisciplinaire
de solutions, même partielles, aux problèmes posés
v Une volonté des responsables institutionnels
v Proposer une politique nationale assortie des outils nécessaires(tarification,
lois, décrets d'application, contraintes, évaluation
des coûts, financements, concertations interministérielles,
)
Les données de la situation hydrique actuelle
La littérature de l'Eau propose souvent des données
caractéristiques variables, contestables, vieillissantes,
de qualités suspectes, d'origines inconnues. Le problème
a été déjà soulevé plusieurs
fois par des experts mais aussi dans le rapport GEO2000 du programme
des Nations Unies pour l'Environnement :
"
Contrairement à ce qui existe dans le cas du
commerce, du développement ou de données sur la population,
il n'y a pas encore, dans le cas des études environnementales,
de base centrale de données uniformisées. Les contraintes
limitant la qualité des données peuvent être
d'ordre institutionnel (moyens limités, unités de
mesures non standardisées, coûts des mesures), technique
(définitions différentes des paramètres à
mesurer, différences d'interprétation, difficultés
de mesure pour certains paramètres,
)
Il s'ensuit
que sur certains sujets,
les données sont inexistantes
ou trop imprécises
En effet, lors d'une étude
comparative des inventaires d'émissions de l'Union européennes
et des États membres, ceux-ci se sont révélés
erronés et non fiables
Une autre limitation importante
est le manque de transparence dans l'accès aux données
pour des raisons commerciales ou politiques, en particulier sur
des données considérées comme stratégiques
(celles des ressources en eau,
)".
On peut aussi relever une connaissance insuffisante de certaines
notions relevant de la théorie de la mesure mais aussi une
diffusion rapide par Internet de données pour lesquelles
il n'existe aucune certification ou caractéristiques (lieu,
auteur, année, précision de la mesure). Ce problème
devrait progressivement se résoudre si les directives émises
par le bureau des Statistiques des Nations Unies sont prises en
compte, si les chercheurs sont plus exigeants sur la notion de mesure,
si les mentalités des responsables institutionnels évoluent.
Si on ajoute les confusions sur les définitions usuelles,
le poids de la terminologie technique, l'insuffisance de données
relevant de l'économie de l'eau, les difficultés pour
réaliser une approche pluridisciplinaire des solutions envisageables
(fortement demandée depuis des décennies), les ambiguïtés
dans l'interprétations des données peu évidentes,
on peut comprendre les interrogations et les doutes des décideurs
non-spécialistes, les erreurs de stratégie commises,
les difficultés dans les échanges d'informations.
Des faits qui contribuent à amplifier fortement la complexité
de la problématique générale. Des faits qui
invitent la communauté scientifique internationale à
réactualiser, à harmoniser et faire des études
comparées des données proposées notamment par
les banques de données existantes. Ce processus d'une meilleure
connaissance de l'existant, devrait permettre de faire des études
prospectives significatives tout particulièrement l'avenir
de savoir à la fois jusqu'à quand la Terre pourra
tolérer le rythme actuel d'exploitation des ressources en
eau douce.
On peut enfin noter l'ignorance de nombreux propositions/recommandations/méthodologie/guides
de l'expertise internationale, relevant souvent d'organisations
intergouvernementales (ONU, OCDE,
) ou d'ONG (Plan Bleu,
).
Des
éléments de la situation dans la région Méditerranée
Pour la plupart des pays méditerranéens, en particulier
ceux du Sud, la question de l'eau potable constitue un défi
permanent aux enjeux multiples mais aussi un problème pour
lequel "il existe un décalage inquiétant entre
les engagements des décideurs et les actions réalisées"
, malgré les recommandations des organisations intergouvernementales
, le nombre croissant d'articles de presse et les manifestations d'inquiétude
de la société civile.
Les pénuries croissantes d'eau potable sont surtout liées
à une répartition géographique inégale
des ressources en eau, aux prélèvements de l'agriculture,
à l'augmentation des populations, à la pollution, aux
fortes migrations vers les villes, aux changements climatiques (effet
de serre et désertification pour lesquels tous les pays du
monde ont une responsabilité). Pour certains pays, il faut
ajouter l'apport saisonnier croissant de touristes qui complique les
problèmes posés et impliquent souvent des mesures nationales
de restrictions.
La pénurie des sources d'eau, fragile et limitée, semble
s'amplifier d'année en année, même si on peut
noter des modifications sensibles des modes de vie, des pratiques
agricoles et des processus industriels.
Une crise qui affecte profondément l'Afrique du Nord où
le stress hydrique est très important, mais aussi l'Europe
du Sud (Espagne, France , Grèce, Sicile,
). Il y a d'abord
des problèmes liés à la qualité de l'eau
dont les origines sont bien identifiées (pollutions agricoles,
gestion insuffisante des rejets,
).
Il y a aussi des problèmes de quantité, excès
ou pénurie.
Excès ? Les inondations (Algérie-11/2001, France-09/2002
et 2003,
) prennent des allures de catastrophe du fait de politiques
d'aménagement du territoire défaillantes. De plus, en
dehors des impacts socio-économiques, elles contribuent gravement
à la pollution des nappes phréatiques.
Pénurie ? Dans le Sud Est de la France, le barrage de La Verne
qui alimente un ensemble de communes touristiques (St-Tropez, Ramatuelle,
)
avait en juin 2002 un niveau de "moins 18 mètres"
par rapport à celui de juin 2001. Au début de l'été
2002, trois usines de dessalement de l'eau étaient programmées
en Corse, les populations de la Sicile se révoltaient suite
à une pénurie d'eau sans précédent, en
Espagne il y avait de fortes tensions sociales pour les mêmes
raisons, à Alger, des habitants avaient de l'eau 3 jours/semaine,
parfois moins.
Au cours de l'été 2003, la pénurie a être
sans précédent pour tous les pays de cette région.
En France une soixantaine de départements étaient sinistrés.
Plus d'eau potable !
Ces
dernières années, l'Algérie a été
le pays qui a certainement le plus souffert de pénurie d'eau
en Méditerranée. Toutes les données d'une pénurie
de l'eau en Méditerranée étaient portées
à leur paroxysme : forte évaporation, mauvaise répartition
des ressources, croissance démographique élevée,
urbanisation anarchique, potentialité hydrique inférieure
au seuil critique (500 m3/hab/an), gaspillages, décharges
sauvages, rejets liquides mal gérés, pollutions agrico |