LUNDI 13 OCTOBRE 2003
OUVERTURE:


MOT DE BIENVENUE de Jilani BENM'BAREK,
Président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Tunis

Monsieur Sadok Korbi, Secrétaire d'Etat à la Recherche Scientifique et à la Technologie
Monsieur Arturo Olivieri, Ambassadeur d'Italie en Tunisie
Monsieur Claude Cardella, Président de la CCI Marseille Provence
Monsieur Luc Corso, Président de la CCI Italienne pour la France à Marseille
Monsieur Robert Arzano, Président de l'A2CID
Monsieur Guiseppe Lamanna, Vice-Président de la CCI de Gênes
Messieurs et Mesdames membres du Corps diplomatique
Messieurs et Mesdames cadres supérieurs de l'Administration tunisienne
Chers collègues des CCI Méditerranéennes
Chers collègues des CCI Tunisiennes
Messieurs et Mesdames de la Presse écrite, parlée et télévisée
Mesdames et Messieurs
Noble Assistance,

Permettez-moi tout d'abord de remercier vivement nos amis méditerranéens de la rive nord d'avoir bien voulu tenir à Tunis les Assises de cette 4è Edition de la Convention Euro-Méditerranéenne de Transfert de Technologies.
Mes remerciements s'adressent également aussi à tous ceux et celles qui ont bien voulu nous faire l'honneur et le plaisir d'être parmi nous.
Je voudrais notamment remercier le Président Claude Cardella qui a eu à faire un choix difficile pour être parmi nous alors qu'il devrait être à Marseille pour inaugurer, ce jour, l'important salon de " La Franchise " qu'organise entre autres la CCI Marseille Provence. Merci cher ami.
Sans trop tarder, je voudrais mettre cette manifestation dans son contexte et ce en posant quatre questions :
- Pourquoi cette dénomination de " Convention Euro-Méditerra-néenne " ?
- Pourquoi Tunis ?
- Pourquoi les thèmes choisis ?
- Qui est à l'origine de cette belle initiative et quels sont ses objectifs ?
Je vais essayer de répondre modestement.

1°/ Le choix de la dénomination " Convention Euro-Méditerranéenne de Transfert de Technologies " s'explique par la nouvelle dynamique enregistrée entre l'Europe et la Région Méditerranéenne et particulièrement entre les pays méditerranéens du Nord et ceux du Sud.
On sent en effet, depuis quelque temps, un fort vent de rapprochement entre les deux rives et ce malgré la conjoncture qui prévaut.
Ce rapprochement est d'autant plus ressenti dans le monde des affaires et notamment au sein de l'Association des Chambres de Commerce et d'Industrie de la Méditerranée " l'ASCAME ".
Les conclusions de plusieurs études ont montré que les pays du Sud ont besoin des pays du Nord et réciproquement. Les études ont aussi révélé que pour stopper l'immigration sauvage, il est devenu urgent et impératif que les pays du Nord aillent investir dans le Sud et fixer ainsi sur place les candidats à l'immigration sauvage lesquels ayant trouvé emploi et dignité n'auraient plus envie de courir les risques et les désagréments de l'éloignement de leur milieu naturel.

2°/ A la question pourquoi Tunis ? Je laisserais mes collègues ici présents répondre. Ils le feront certainement mieux que moi.

3°/ Pourquoi les thèmes choisis ?
Qui ne connaît pas aujourd'hui l'importance de l'eau ? Qui ne redoute pas aujourd'hui une guerre dont la raison profonde serait le partage de l'eau, denrée plus importante que le pétrole ? Qui ne reconnaît pas que sans eau, beaucoup de pays vont être gagnés par la désertification ?
A propos de l'eau, je ne citerai que l'exemple du Canada, un pays de trente millions d'habitants qui renferme 20 % des quantités d'eau potable de la planète. Dans ce pays, les messages publicitaires à la Télé incitent les canadiens à protéger cette richesse en évitant de la polluer et de la gaspiller. No comment !…
A propos de l'énergie, la question est aussi épineuse, voire peut être plus que celle de l'eau, car sans énergie il n'y a pas de station de pompage, sans énergie il n'y a pas d'unité de dessalement des eaux saumâtres, sans énergie il n'y a pas d'unité de traitement des eaux polluées et j'en passe …
Le pétrole qui provoque la détresse et les malheurs que nous vivons est éphémère. Dans 50 ans, aux dires des experts les plus optimistes, il n'y aura plus de pétrole du moins comme carburants. Il en restera un peu pour la chimie.
Il n'y en aura plus alors que la planète aura vu sa population doubler et surtout une population fortement consommatrice.
Quels sont donc les énergies de substitution ? comment allonger la vie de l'ère pétrole ? et bien d'autres questions auxquelles les spécialistes ici présents apporteront un certain éclairage.
A propos des transports et de la logistique, d'aucuns vous diront qu'aujourd'hui le monde souffre de certains dysfonctionnements.
La composante transport est très importante dans le prix de revient d'un produit. En effet, il ne suffit pas de savoir bien produire et produire pas cher. Il faut faire arriver à destination la marchandise à un prix compétitif. Les transporteurs, qu'ils soient aériens, maritimes ou terrestres se plaignent alors que les producteurs et les consommateurs sont mécontents. Une équation à plusieurs inconnues est à résoudre. Une solution ou plutôt des solutions existent. Le tout est de savoir s'écouter mutuellement et de faire ensuite des concessions respectives.
A propos de la logistique, je ne poserai qu'une question : " Pourquoi la moyenne de stand by des conteneurs est de 18 jours dans le premier port de Tunisie, celui de Radès ?.
Une étude préliminaire a montré qu'il n'y a pas un " fautif " précis ou des " fautifs " potentiels mais que la question concerne une meilleure coordination entre les diverses parties après une analyse transparente de la situation.

4°/ A propos de cette initiative et de ses objectifs, je laisserai le soin à mes éminents collègues de vous exposer le pourquoi de cette manifestation annuelle, devenue incontournable depuis sa Première Edition en 2000 à Marseille.
Je dirai tout simplement que l'un des objectifs consiste en l'ouverture de l'Université sur le paysage des Entreprises. A ce propos, les Chambres de Commerce et d'Industrie se sont révélées être l'un des meilleurs catalyseurs après avoir été le trait d'union.

Je vous remercie de votre attention et formule le vœu que ce rendez-vous de Tunis soit marqué d'une pierre blanche dans l'édifice de la Recherche Appliquée en Méditerranée.


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ALLOCUTION de
Claude CARDELLA

Président de la Chambre de Commerce et d'Industrie Marseille - Provence


La CCI Marseille Provence a placé au cœur de sa nouvelle stratégie, pour le développement économique durable de Marseille et de sa région, la mise en réseau des acteurs économiques du bassin méditerranéen.

Cette convention euro-méditerranéenne du transfert de technologie est la parfaite illustration d'actions performantes engendrées par cette mise en synergie des acteurs méditerranéens. Elle se situe, en effet, au carrefour entre le réseau des CCI de la méditerranée (ASCAME), à la création duquel la CCI Marseille a activement participé, et le Réseau Méditerranéen des Ecoles d'Ingénieurs, initié par l'ESIM en 1997 à la demande de la Chambre.

Cette convention me paraît par ailleurs tout à fait exemplaire du type d'actions que les Chambres de Commerce et d'Industrie doivent accompagner car elle a pour but de faciliter la mise en place et le succès d'opérations concrètes pouvant réellement déboucher sur une activité économique en Méditerranée. Ainsi, après les 3 premières conventions qui se sont tenues alternativement à Gênes et à Marseille, cette 4e édition va permettre d'examiner des projets de transfert de technologie qui se trouvent au seuil de la concrétisation et pour lesquels un appui des Chambres peut être décisif.

Une autre caractéristique nouvelle et essentielle de cette 4e convention porte sur le choix des domaines au sein desquels les projets ont été sélectionnés. A l'initiative de la CCI de Tunis, dont je salue le Président, mon Ami Jilani BENM'BAREK et que je remercie pour le dynamisme et la qualité de son organisation, il a été décidé de retenir prioritairement 3 secteurs vitaux pour le développement durable de la Méditerranée : l'eau, l'énergie et les transports: :
- en ce qui concerne l'eau, les experts présents aujourd'hui vont malheureusement nous confirmer qu'il s'agit d'un domaine présentant un risque majeur pour la vie des populations méditerranéennes mais également et à beaucoup plus court terme pour l'ensemble des activités économiques agricoles et industrielles. L'eau représente donc un double enjeu pour nos entreprises ; elle est indispensable à leur activité et elle constitue elle-même un marché porteur pour lequel les entreprises méditerranéennes se doivent d'être présentes. Les spécialistes vont nous confirmer qu'il ne peut pas être apporté de solution durable à la maîtrise de l'eau sans une approche pluridisciplinaire et multipartenariale associant tous les acteurs concernés (politiques, administratifs, scientifiques et les entreprises). Il est donc à mon avis du devoir des Chambres d'aider les entreprises à bâtir des projets concrets en partenariat avec les scientifiques et adaptés aux attentes réelles des territoires et populations concernés. Le projet CORVEO monté par l'ESIM dans le cadre du RMEI avec un important consortium de laboratoires et d'entreprises, dont la Société des Eaux de Marseille et les Sociétés des Eaux des 3 pays du Maghreb, constitue un excellent exemple d'un tel projet (voir fiche annexée dans le présent dossier). Il va être lancé prochainement à l'occasion du Colloque Hydrotop qui est organisée par mon amie Reine Cienzo à Marseille du 22 au 24 octobre prochain.


- en ce qui concerne l'énergie, il s'agit bien entendu de la clé de toute activité et de toute vie civilisée. Par exemple, pour en revenir au thème précédent, résoudre le problème de l'eau dans les pays du Sud revient toujours in fine à résoudre un problème d'apport en énergie permettant de produire une eau adaptée à son utilisation. Contrairement au cliché souvent répandu, les pays du Sud ne disposent pas tous de source d'énergie inépuisable et à coût acceptable. Ces territoires sont souvent composés à la fois de grandes agglomérations urbaines, côtières mais également de sites très isolés pour lesquels les énergies nouvelles sont certainement la meilleure réponse au maintien et au développement d'une activité humaine et économique.

- en ce qui concerne enfin les transports et la logistique, vous savez tous que la civilisation et l'économie méditerranéenne ont toujours été basées sur les échanges au travers de cette mer qui nous réunit. Je suis totalement persuadé que ce domaine d'activité est à nouveau la clé de la renaissance économique et sociale méditerranéenne.

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ALLOCUTION de Giuseppe LAMANNA
Vice-Président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Gênes

Je suis très heureux de présenter à tous les intervenants les salutations du Président Paolo Odone, retenu à Gênes par un engagement imprévu et ne pouvant être prorogé, mais qui sera cependant parmi nous demain pour modérer le Forum de la logistique et tirer les conclusions du congrès.

Je salue en particulier le Sous-Secrétaire de l'Etat tunisien pour la recherche, le Président de le Chambre de Commerce de Tunis et de l'ASCAME Jilani Benmbarek, que je remercie pour son merveilleux accueil, ainsi que les deux amis et Présidents de Marseille, Claude Cardella et Luc Corso.

Comme beaucoup d'entres vous le savent déjà, ce congrès est naît d'une entente entre la Chambre de Commerce et d'Industrie de Marseille Provence, la Chambre de Commerce Italienne pour la France et la Chambre de Commerce de Gênes dans les secteurs d'excellence de cette région de l'Arc Méditerranéen : les nouvelles technologies, les transports et le tourisme.

Ce congrès naît en particulier du courant des nouvelles technologies, et a le but de favoriser le transfert de technologique entre les centres de recherche et les entreprises d'un côté, mais aussi et surtout, entres les deux côtes de la Méditerranée, encore séparées aujourd'hui par un fossé technologique qui est de l'intérêt de tous - l'Union Européenne comprise - de chercher à réduire.

Après les trois éditions qui ont eu lieu - avec un intérêt croissant de la part des entreprises, des Chambre de Commerce et des Universités de toute la Méditerranée - entre Marseille et Gênes, c'est la première fois que ce congrès débarque sur la côte sud de la Méditerranée.

Et ceci est sans aucun doute déjà un succès pour nous tous, car ça démontre que nous avons été capable d'instaurer un dialogue durable entre les deux côtes Méditerranéennes sur un sujet si important pour le développement économique de cette zone.

Un développement qui dépend, en grande partie, des trois courants thématiques sur lesquels nous avons choisis de concentrer nos travaux : l'eau, les énergies alternatives, la logistique et les transports.

La Chambre de Commerce de Gênes, en particulier, cordonnera le forum dédié à la logistique et aux transports, un secteur dans lequel l'innovation technologique peut être la solution pour simplifier ou même éliminer les problèmes, les freins et les étranglements qui souvent se traduisent par des coûts très pesants pour le système des entreprises, pour l'environnement et pour la collectivité.

Je ne veux pas m'étendre d'avantage sur ce sujet, puisque je sais que les intervenants de la matinée sont nombreux et tous aussi importants, ainsi je vous souhaite à tous bon travail et je cède la parole à….

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ALLOCUTION de Luc CORSO

Président de la Chambre de commerce Italienne pour la France

La Chambre de Commerce Marseille- Provence, la Chambre de Commerce de Genova, la Chambre de Commerce Italienne pour la France, ont signé en 1999, une Charte de Partenariat se donnant des objectifs communs de collaboration et notamment l'organisation d'une convention sur le Transfert de Technologies.
L'objectif était d'aider les PME-PMI, structures importantes du tissu économique productif :
- à devenir plus compétitives pour affronter les défis du marché global ;
- à stimuler leur réflexion sur ce thème ;
- à les inciter à engager des actions de coopération dans un partenariat Euro Méditerranéen ;
- à les impliquer dans des projets importants, à côté des grandes industries, universités et centres de recherche.
Près de la moitié des 2 millions de PMI européennes ont introduit produits ou technologies innovantes sur le marché,
et il est compréhensible que les PMI occupent un rôle clé, dans l'industrie : mais il est juste de dire, que jusqu'à présent, seules les grandes entreprises ont bénéficié du soutien économique européen.
Augmenter les compétences technologiques et scientifiques des PMI-PME est une priorité de tout le système productif.
La faible collaboration entre les universités et les entreprises reste deux mondes à part : il faut améliorer ce rapport et c'est sûrement un objectif à poursuivre pour accélérer le transfert de la recherche aux entreprises et diffuser la culture de l'innovation.
Les Chambres de Commerce, depuis plusieurs années, ont pris l'initiative de mettre en contact le monde des entreprises et l'univers de la recherche.
- Le Sud de l'Europe et la Méditerranée sont les deux zones prioritaires, des activités extérieures de l'Union Européenne pour instaurer un rapport de confiance, basé sur la coopération économique.
Ce partenariat, a pour objectif de promouvoir les contacts et les transferts du savoir-faire entre les sociétés civiles du Nord et du Sud de la Méditerranée.
Pour le réaliser, nous basant sur les réseaux des Chambres de Commerce ASCAME du réseau des Ecoles d'Ingénieurs RMEI et du réseau des Chambres de Commerce italiennes dans le Monde,
nous avons composé des Tables Rondes avec entreprises, universités et chercheurs et choisi pour cette édition trois thèmes importants :

  • L'EAU
  • LES ENERGIES NOUVELLES
  • LA LOGISTIQUE ET TRANSPORTS

et c'est sur ces trois thématiques que se dérouleront ces deux journées.
Les éditions des Conventions de ces dernières années, ont provoqué la naissance d'un site Internet, dédié entièrement à cette initiative permettant de visionner toutes les informations relatives au développement technologique.
A terme sera créée une véritable bourse qui permettra aux entreprises et chercheurs d'entrer en contact et gérer directement des projets comme une infrastructure informative et interactive, dans tout le bassin méditerranée, permettant de bâtir des partenariats concrets et accompagner le développement durable.

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ALLOCUTION de Arturo OLIVIERI

Ambassadeur d'Italie en Tunisie

" Je souhaite avant tout remercier le Président de la Chambre de Commerce et Industrie de Tunisie, Jilani BENM'BAREK, pour l'organisation ; le Ministre et le Secrétaire d'Etat à la Recherche de Tunisie; ma gratitude s'adresse à tous les représentants des Chambres de Commerce qui ont développé et appuyé cette Convention et qui en font partie.

Bien.., lorsque les conventions sont aussi spécifiques et techniques, l'intervention des diplomates est moindre, il ne leur reste qu'à écouter ; je tiens toutefois à souligner deux concepts :

- Le premier concerne l'entreprise dans le Bassin Méditerranéen, qu'elle soit petite ou moyenne.
Les trois thèmes de la Convention qui va débuter sont : l'eau, l'énergie, les transports ou plus précisément l'efficace utilisation des ressources en eau, la certitude d'avoir des ressources énergétiques et l'efficacité des transports, sont pour les entreprises, des facteurs productifs de manière plus ou moins directe.
On comprend donc parfaitement que, s'en occuper en temps voulu, signifie créer des conditions de compétitivité qui sont fondamentales sur le marché global.
En d'autres mots, il ne pourra pas y avoir très prochainement d'entreprises de la zone Euro Méditerranée, qui soit performante et compétitive, sur le marché glacial de la concurrence, comme disait le fameux économiste Friedman, sans pouvoir compter sur un système énergétique d'approvisionnement hydrique et un système de transports qui la soumettent à de meilleures conditions. Mes félicitations sont donc très sincères pour l'organisation de cette convention et pour les thèmes choisis.

- Je voudrais exprimer également ma satisfaction en ce qui concerne le choix de la Tunisie.
Cela signifie beaucoup, et signifie particulièrement que la création d'un partenariat entre les Pays de la rive nord du Bassin Méditerranéen et ceux de la rive sud, est en train de se concrétiser au delà de la simple rhétorique. Je dois dire qu'en ma qualité d'Ambassadeur d'Italie en Tunisie, ces quatre mois, lors desquels j'ai eu l'honneur et même la joie de vivre dans ce Pays, me permettent de témoigner de l'important esprit d'entreprise et de l'énorme potentiel de développement qui y existent.

Voici le message qu'un Ambassadeur doit laisser dans un contexte comme celui-ci, car la Tunisie est un Pays dont on peut apprécier la stabilité aussi bien politique que sociale ; les deux choses peuvent être à la fois synonymes et ne pas l'être. C'est un Pays stable politiquement grâce à la succession de classes politiques et un Pays stable socialement car les habitants se sentent bien grâce à leur classe politique, générations après générations. Ce qui en fait sa stabilité, c'est son cadre politique ou si vous préférez, son contexte social.

Portons rapidement notre attention sur les rapports politique universitaires, je souhaiterais parler en effet de ceux qui écoutent avec grand intérêt la qualité oratoire des interventions.

Le Président Luc CORSO parlait d'engagement universitaire, d'engagement de qualité, en ce qui me concerne, je suis heureux de rappeler que outre les 800 entreprises italo-tunisiennes, il y a bien 40 accords de coopération parmi le monde étudiant de l'Université et de la recherche tunisienne et les Universités italiennes. Ceci est aussi important à mes yeux que les 800 entreprises. Il est vrai que ces dernières donnent du travail à 44.000 amis tunisiens et naturellement, elles ne le font pas par bienfaisance mais également à leurs propres profits. Ce qui est tout à fait normal ; elles contribuent, par ailleurs, au développement de leur Pays et également du nôtre.

Les avantages compétitifs, comme les bas salaires et peut-être la position géographique, maintenant que la Tunisie se rapproche de l'Europe, diminueront progressivement pour laisser place aux avantages compétitifs de qualité.
Ce n'est pas par hasard que je veux saluer le Président BEN ALI, qui l'a défini lors du dernier congrès du parti majoritaire comme le "congrès de l'ambition". L'ambition pour la Tunisie est de sortir du monde des " pays sous-développés ", pour entrer dans le monde des " pays développés " économiquement parlant, car bien évidemment le monde est unique.
Suite à ces félicitations pour le choix de la Tunisie, je vous invite à travailler sur ces thèmes sérieux et importants, vous adresse mes salutations et vous remercie de votre accueil et de votre disponibilité.


OUVERTURE OFFICIELLE PAR


Loïc FAUCHON Vice - Président du Conseil Mondial de l'Eau

"Rôle de l'innovation pour résoudre les problèmes majeurs en Méditerranée et en particulier ceux de l'eau"

Monsieur le Ministre,
Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi tout d'abord de vous adresser mes félicitations pour la tenue de cette 4ème Convention.
Le sujet choisi, celui de l'innovation et des échanges technologiques, est au cœur des préoccupations du moment, tout particulièrement dans le domaine de l'eau et de l'environnement. La rencontre des connaissances est indispensable à la constitution d'une communauté méditerranéenne du savoir et votre initiative va en ce sens.
Puis-je aussi vous remercier pour votre invitation à faire participer le Conseil Mondial de l'Eau à cette réunion, et à vous exposer sa vision du champ de l'innovation dans la résolution des problèmes hydropolitiques de cette région.
Le choix de Tunis pour la tenue de cette nouvelle convention me paraît hautement significatif. Nous sommes ici dans un pays où l'on sait ce que les efforts pour l'accès à l'eau et à l'assainissement signifient. Un pays où des savoir-faire importants existent et où des moyens politiques et financiers considérables sont consacrés à ce secteur. La Tunisie est sans conteste l'un des pays les plus avancés du bassin méditerranéen en matière d'environnement. Son expertise est respectée et reconnue, et les échanges avec elle nombreux et particulièrement enrichissants.
A titre d'exemple le plus récent, puis-je dire ici, qu'au milieu de la semaine dernière, les exploitants de Tunis et de Marseille étaient réunis pour confronter les données établies, suite à des épisodes pluvio-orageux désastreux qui ont frappé récemment ces deux villes. Nous en tirons des enseignements communs et des plans d'action établis après de fructueuses concertations.
Avant de venir sur le thème de l'innovation, essayons ensemble de préciser de quoi nous parlons et comment se présente aujourd'hui la photographie de la planète de l'eau.
Contrairement aux idées reçues l'eau est une ressource particulièrement abondante, même si elle est souvent peu accessible.
Ainsi, le volume de l'eau sur Terre est de l'ordre de 1,4 milliards de km3 ; le km3, une unité de compte que l'on a peu l'occasion d'utiliser. Retenons que l'eau douce ne représente elle-même qu'environ 2,5 % du tout, soit 35 millions de km3. Dans ce total, l'eau des glaciers et de la couverture neigeuse pèse pour 70 %, ressources pour l'essentiel situées en Arctique et en Antarctique.
Il reste donc 30 % dans les fleuves, les lacs, les réservoirs, les nappes plus ou moins profondes. Au total, les experts s'accordent à dire que 1% en réalité de l'eau douce est effectivement disponible et utilisable, ce qui représente en soi de l'ordre de 300 000 km3. Ce chiffre est à rapprocher des prélèvements annuels en eau douce effectués à la surface du globe et qui sont inférieurs à 5 000 km3, soit à peine 2 %.
Chacun ici pourrait dire, pourquoi tant de bruit, de discours, alors que nous avons tant d'eau à notre disposition ? Tout simplement parce que l'eau n'est pas toujours là où il le faut. Ici il y en a trop, là pas assez ; ici encore elle ne coule qu'occasionnellement, là à nouveau sa qualité laisse à désirer.
La Méditerranée est un exemple frappant de ces disparités, de cette "inconstance hydrique". La disponibilité y varie de 40 à 400 l/jour/habitant. C'est l'illustration de l'existence d'un "triangle de la soif" de Gibraltar à la Corne de l'Afrique et jusqu'au Pakistan. Dans cette vaste région, de plus d'un demi milliard d'habitants, le stress hydrique est considérable et la pénurie existe parfois.
Au Nord de la Méditerranée, la ressource est en moyenne supérieure à 3 000 m3/an/hab., alors qu'au Sud et à l'Est, on peut descendre à moins de 1 000 m3/an/hab.
Paradoxalement, la desserte en eau est plutôt bonne. Elle dépasse 80 % dans la quasi totalité des pays riverains. Ce phénomène résultant des efforts des Etats ne fait qu'accroître les écarts car la demande en eau au Sud augmente plus fortement qu'au Nord avec l'arrivée sur le marché de l'eau d'un plus grand nombre de consommateurs, plus rapidement exigeants, dans des pays où la modernisation agricole, industrielle et domestique s'accroît rapidement.
Tout cela, de surcroît, doit être replacé dans un contexte d'évolution climatique complexe dont les contours restent encore incertains.
Que savons-nous en effet de ce réchauffement dont on parle tant ? Au siècle dernier, il a pu être mesuré de l'ordre du demi degré. Cela paraît peu, en réalité c'est beaucoup et les conséquences s'en font sentir avec la fonte des glaciers, la montée des eaux, l'évolution des saisons continent par continent. Tout cela, bien évidemment, n'étant pas uniforme, avec des conséquences locales souvent très variables.
Et puis, se superposant à ce premier phénomène, il semble y avoir des cycles courts dont on apprécie mal l'amplitude, la localisation exacte et qui d'évidence favorisent l'expression des extrêmes : des précipitations débridées ici, des sécheresses accrues là, quand ce n'est pas au même endroit d'une saison à l'autre.
Bref, les choses ne sont plus ce qu'elles étaient et nos météorologues sont quelque peu désorientés. Tout cela ne favorise guère les prévisions hydrologiques et la programmation des investissements.
Mais nos difficultés ne s'arrêtent pas là, car la sagesse de l'homme est quelque peu écornée par l'inconséquence de certaines de ses activités.
Il faut le dire assez nettement, l'homme est bien souvent le premier ennemi de l'eau car les activités qu'il développe représentent fréquemment une menace pour l'eau.
C'est évidemment le cas de la pollution marine, qu'elle vienne de terre ou du transport maritime. C'est le cas avec les effluents agricoles qui polluent parfois des bassins hydrographiques entiers.
C'est encore le cas avec les rejets industriels de toutes sortes, ou plus simplement avec l'absence d'épuration de villes et de mégapoles dont on voit trop fréquemment encore les effets en Méditerranée.
Mais cette menace ne se limite pas à la dégradation de la qualité de l'eau. Elle a parfois des causes plus complexes. Ainsi en est-il du rapport entre l'eau et la démographie. C'est un sujet rarement évoqué, considéré comme délicat et même pour certains purement et simplement tabou.
Vous le savez tous ici, 40 % au moins de la population mondiale tire son eau de puits, de rivières, d'étangs, de mares, situés en dehors des lieux d'habitation. Tandis que l'humanité meurt de soif dans les endroits les plus arides, une autre partie affronte régulièrement la perspective d'inondations et de montées des eaux dans les régions humides.
Et pendant ce temps, la croissance démographique soutenue ajoute une charge intolérable, insupportable sur les terres et sur l'eau.
Depuis le début de l'histoire de l'humanité, ce n'est qu'en 1830 que la planète a atteint un milliard d'habitants. Un siècle seulement aura suffi pour le second milliard. Le troisième arrive en 40 ans, et il n'aura fallu que douze ans pour le plus récent, le sixième milliard.
On peut y ajouter chaque mois l'équivalent de la population de l'agglomération new-yorkaise. Et si un million de personnes disparaissent à l'occasion d'une famine ou d'une guerre, elles sont remplacées en quatre jours.
Cette explosion démographique entraîne bien évidemment une augmentation spectaculaire des besoins en eau tirée des rivières et des aquifères. Car si la population mondiale a doublé depuis le milieu du XX° siècle, la consommation d'eau a, elle, plus que triplée.
L'un s'ajoutant à l'autre, pollutions de toutes sortes et concentrations excessives de population, le prix à payer est lourd, de plus en plus lourd.
Ce prix s'appelle dégradation des sols, salinisation, déforestation, érosion, avec le cortège d'appauvrissement généralisé que cela signifie.
Ce prix, c'est la moitié des plus grands fleuves du monde considérés comme gravement pollués ou en train de se tarir. Et autant de zones humides, écologiquement productives qui ont disparu en une centaines d'années.
L'autre menace que je voudrais évoquer, est celle que fait peser l'homme, par ses comportements souvent imprudents de soif d'expansion, par son appétit de pouvoir. Toutes choses qui provoquent des tensions, qui peuvent mener à des conflits liés à l'eau. Conflits locaux, régionaux, transfrontaliers, voire à l'échelle d'un sous-continent tout entier. Ce n'est évidemment pas une nouveauté. De tous temps les hommes se sont affrontés pour la maîtrise d'un puits, l'accès à une rivière, la propriété d'une source. De nos jours, ce sont les Etats qui s'opposent pour la maîtrise d'un bassin tout entier.
Les problèmes au Proche-Orient sont évidemment dans tous les esprits. Avec la Palestine d'abord, où le stress hydrique est certainement l'un des plus importants qui soient. En Cisjordanie, même les Palestiniens, pourtant largement majoritaires, ne disposent que de 10 % des droits d'eau et sont dans une totale dépendance à l'égard des Israéliens.
Dans les bassins du Tigre et de l'Euphrate aussi, où l'alimentation en eau douce de l'Irak, d'une partie de la Syrie, est soumise au bon vouloir de la Turquie.
Oui, Mesdames et Messieurs, nous avons là bien des raisons d'être inquiets, préoccupés quant à la disponibilité future des ressources en eau ici et là, autant que des usages locaux qui peuvent en être faits.
Et les questions que nous devons nous poser sont :

- Quelle attitude nouvelle, quels comportements différents pouvons-nous, devons-nous adopter pour garantir un meilleur accès à l'eau au plus grand nombre d'habitants de cette planète ?

- En quoi pourrions-nous être novateurs dans notre approche de la gestion de l'eau ?
Répondre à ces questions simples, compréhensibles par tous, c'est nous intégrer dans la démarche que vous avez entamée en matière d'innovation et de transfert de technologies.
Pour tenter d'y répondre et pour la clarté du propos, je tenterai de regrouper quelques idées et propositions sur le sujet en quatre domaines.
Le premier est celui de l'innovation technologique pour laquelle je voudrais citer quelques exemples particulièrement concrets :
· La meilleure gestion de l'eau présente selon la règle "gaspiller moins, consommer moins".

- Gaspiller moins, c'est mettre tout en œuvre pour que les systèmes de production et de distribution aient le meilleur rendement possible. Eviter les pertes abyssales liées à la production agricole en utilisant des techniques simples, souvent peu coûteuses, en diminuant significativement l'évaporation, en évitant l'aspersion excessive au bénéfice de la couverture des ouvrages et du goutte à goutte. Réduire les taux de perte conséquents des réseaux urbains avec des programmes systématiques de recherche de fuites et de renouvellement des canalisations.

- Consommer moins, c'est favoriser les recherches qui permettent de mettre à disposition de l'usager et du citoyen une gamme d'appareils sensiblement moins consommateurs d'eau, comme les machines à laver la vaisselle ou le linge, les douches, les cuvettes de toilettes, les lavages de voiture ou les arrosages de plantes et de jardins. Toutes choses qui sont devenues des arguments de vente et nous encouragent à l'économie pour une utilisation plus intelligente des évolutions technologiques au service de notre vie quotidienne.

Dans certains pays, encore trop peu nombreux, cela a amené, avec d'autres facteurs, à ralentir puis à stabiliser la consommation d'eau domestique par
habitant. La même volonté produisant les mêmes effets, des résultats similaires sont obtenus en matière industrielle.

· Les nouvelles formes de traitement de l'eau ouvrent des champs intéressants.

- C'est le cas d'abord du dessalement de l'eau de mer et plus largement du traitement des eaux saumâtres. Un pas important a été franchi au cours des dix dernières années avec l'utilisation de l'osmose inverse. Cela a notamment permis une baisse spectaculaire du prix de l'eau ainsi traitée de l'ordre de 6 à 1. Cela ouvre des perspectives à bien des Etats, des régions, pour lesquels l'accès au dessalement semblait totalement impossible.

- En sera-t-il de même pour la réutilisation des eaux usées ? Ici aussi les progrès ont été spectaculaires, mais la problématique est quelque peu différente. Chacun sait bien sûr que l'on peut arroser des espaces verts, des golfs avec de l'eau domestique épurée souvent à grands frais. Il y a toujours cette pratique des limites sanitaires, voire psychologiques, qui font considérer qu'elle restera longtemps encore à la marge.
· Des possibilités supplémentaires d'exhaure de l'eau douce sont utilisés ici où là.

- L'utilisation des nappes fossiles fait controverse au Maghreb notamment. Chaque pays peut-il en disposer librement s'agissant d'étendues d'eau profondes à l'échelle d'un continent ? Ou bien s'agit-il d'un patrimoine de l'humanité dont l'usage doit être soumis à concertation, voire à convention internationale ? La tentation est forte, bien sûr, pour ceux qui connaissent la soif de les utiliser, même si leur renouvellement est particulièrement lent. Mais n'en faisons-nous pas de même, avec une approche généralisée de la communauté mondiale pour les ressources gazières et pétrolières ?

- Plus ponctuelle, mais moins polémique, serait l'utilisation locale de résurgences en mer issues des systèmes karstiques. Des expérimentations en vraie grandeur sont en cours, dont le résultat est à regarder comme des apports à des situations très particulières d'insuffisance de la ressource.
· Les transferts d'eau à grande distance enfin doivent être regardés comme des solutions à plus long terme susceptibles de répondre à des cas d'exceptions (isolement, insularité) ou à des situations durables de stress hydrique.

Curieusement, ce sujet fait souvent polémique alors que le transfert de la ressource est, pourrait-on dire, vieux comme le monde. Aqueducs et foggaras sont deux exemples parmi tant d'autres du genre de l'homme et de sa capacité à répondre par des travaux gigantesques aux nécessités de l'alimentation en eau de régions agricoles ou des grandes villes de l'époque.

A l'échelle du savoir-faire contemporain, on peut aisément imaginer la création de véritables autoroutes de l'eau du Nord vers le Sud, comme il en existe en sens inverse pour le pétrole et le gaz.

Au nom de quel protectionnisme les habitants de telle ou telle région se déclareraient-ils propriétaires d'une ressource qui vient de plus haut et de plus loin ? Le débat relatif à la création d'un "méga tuyau" entre le Rhône et la Catalogne est à cet égard particulièrement intéressant. Au moment où l'Europe se construit inéluctablement, certains, au nom de corporatismes désuets ou de nationalismes exacerbés, préfèreraient voir plus de 90 % de l'eau du Rhône se perdre en Méditerranée plutôt que d'en voir 5 à 10 % secourir nos voisins catalans. L'innovation, c'est évident, est à rechercher dans les esprits plus que dans les techniques.
On comprend très aisément à travers ce dernier exemple que l'on passe naturellement du technique au politique. Et qu'en cette matière nous avons aussi à clarifier les choses.

L'innovation politique, le second des domaines à évoquer, peut être regardée comme notre capacité à placer l'eau, comme le disent nos collègues anglo-saxons, au plus de nos priorités dans notre agenda. Il y a pour cela deux directions prioritaires :
· La première direction est de mettre en œuvre les conditions de cette priorité donnée à l'eau dans le développement des Etats et de leurs territoires. La question est simple : l'eau a-t-elle toujours la place qu'elle mérite ? Les bailleurs de fonds, les responsables internationaux, les gouvernants, les élus locaux, y consacrent-ils suffisamment de moyens ? Sont-ils bien convaincus qu'avec son corollaire l'assainissement, l'eau est bien la priorité des priorités ?

La réponse est aussi simple. Certainement pas, et il faut le dire, pour qu'enfin l'eau potable passe avant le portable, les "tinettes" avant Internet et surtout, surtout, les robinets avant les fusils. Certes, les discours sont favorables, les intentions louables, mais il y a encore un large fossé entre les discours et les actes. Il ne suffit pas de dire qu'il faut plus d'argent pour l'eau, il faut du courage pour dire combien, du courage pour dire où l'on va prendre cet argent, comment et à qui.

C'est toute notre intelligence, notre volonté, notre influence qui doivent être mobilisées, dans la durée, pour faire accepter ce principe de priorité à l'eau. Car ce plaidoyer pour l'eau, juste et généreux, doit emporter progressivement l'adhésion du plus grand nombre.

Le rapport présenté cette année sous l'autorité de Michel Camdessus, ancien Directeur général du Fonds Monétaire International, est un premier pas en ce sens. Il réveille les consciences, surtout les mauvaises, pour envisager la réforme des financements et la mobilisation la plus large des capacités de toutes sortes. Il faut aller plus loin, beaucoup plus loin en dépassant le pouvoir de quelques grandes banques et la générosité des coopérations bilatérales et des aides multilatérales.
· C'est la deuxième direction : celle affirmée, expliquée et parfois imposée de la décentralisation de l'eau. La compétence de l'eau, c'est d'abord celle de l'échelon local, le plus proche du citoyen lui-même consommateur et usager.

Les petits ruisseaux font, dit-on, les grands fleuves. C'est la mobilisation de la somme des capacités locales qui, seule, ouvre des perspectives d'une autre échelle. Ce n'est plus seulement le consommateur qui est au centre de cette bataille pacifique. C'est le client avec l'ensemble du réseau local : associations, coopératives, sociétés mutualistes, collectivités locales, entreprises, qui va exprimer la volonté d'un service public de l'eau accessible, transparent, mais professionnel.

L'organisation politique locale n'a plus alors qu'à porter puis à transposer cette volonté dans l'utilisation des financements locaux et des aides nationales et extérieures.

L'expression ne peut venir que de la base, là où l'on sent le problème, les besoins, les contraintes, là ou l'on sait mieux que dans les palais, ce que manque d'eau ou eau sale signifie.

Laissons des décennies d'assistance insultante et acceptons de considérer que chaque individu est largement prêt, là où cela est indispensable, à consacrer un peu, voire un peu plus, de son temps, de son énergie, de son argent, à participer à l'organisation de l'accès à l'eau dans sa sphère locale.

Cela nous fait entrer dans un troisième domaine d'innovation, celui qui touche à l'administratif et au réglementaire. C'est l'organisation et la codification du régime de l'eau qui sont en cause, dont je voudrais préciser ici deux aspects qui me paraissent déterminants.
· D'abord, la nécessité de transposer la volonté politique dans l'expression des budgets publics. L'eau est un bien trop essentiel à la vie pour que l'on ne sache, l'on ne dise ce qu'il en coûte pour en disposer. Il devient donc indispensable de généraliser la notion de recette affectée, pour l'eau autant que pour l'assainissement.

Au delà de la formule polémique "l'eau paie l'eau", il faut voir dans cette disposition budgétaire la nécessité de calibrer l'effort à hauteur de la décision. L'usager-citoyen est majeur, les décideurs lui sont redevables de comptes simples qui expliquent et justifient l'effort. L'argent collecté pour l'eau doit aller à l'eau, dans un souci de vérité autant que d'amplification des moyens qui lui sont consacrés.
· Ensuite vient le rassemblement le plus large des capacités à gérer la priorité de l'eau. Les capacités publiques, toutes les capacités publiques sans exclusive ni concurrence dommageable à l'efficience du service. Et celles du secteur privé à travers cette formule nouvelle qui recouvre des usages pourtant très anciens de collaboration entre la puissance publique et l'initiative privée.

Que n'entendons-nous pas à ce sujet ? Passions, réquisitoires, fantasmes. Tout est bon pour certains pour réfuter cette évidence que le concours de tous est nécessaire.
Ce secteur privé, présent dans 2 à 3 % de la gestion des systèmes d'eau agricole, industriel et domestique à la surface du globe. Présentée de manière caricaturale, la prétendue "privatisation" de l'eau est un concept qui n'a jamais été transposé dans la réalité : la privatisation, qui en matière économique correspond à la cession des actifs n'existe pas en matière d'eau et d'assainissement. Parler de délégation temporaire de service public est plus juste, qu'il s'agisse notamment de gérance, d'affermage, ou de concession.
Le privé est utile au public, pour autant que ce dernier garde sa souveraineté, c'est à dire le contrôle le plus strict sur le prix de l'eau, et sur le volume des dépenses à effectuer pour garantir sécurité et qualité.

La délégation de service signifie l'instauration d'un véritable partenariat. Et le partenariat ne peut s'entendre sur la durée que s'il repose sur la confiance mutuelle et la certitude que chacune des deux parties trouve son compte dans l'œuvre commune. La délégation de service public doit donc être librement consentie et entretenue.

Ces considérations nous amènent au quatrième domaine que je voudrais traiter très rapidement, celui de l'innovation relationnelle et citoyenne.
Ce domaine nous amène au rapport entre l'eau et le citoyen.
La conscience des populations est-elle suffisante, la conscientisation de l'état de l'eau convient-elle ?
Si tel est le cas pourquoi une proportion aussi grande de l'humanité gaspille-t-elle une ressource dont une autre partie manque cruellement ?
Trop d'habitants de cette planète, en réalité, ne savent que confusément qu'il y a une vraie difficulté pour l'avenir.
Informer, expliquer, convaincre, nous ne pouvons contourner ces nécessités, si l'on désire avoir et conserver quelque crédibilité en matière de gouvernance. Et vous le savez, nous sommes encore loin du compte. Cela signifie que le débat doit être permanent, souhaité, recherché, provoqué. Cela signifie aussi que gouvernants et décideurs soient bien convaincus que de ce débat, ils ne feront pas l'économie.
Débat sur la nature des ressources, débat sur les usages, débat sur les prix, débat sur les statuts. Sur tout cela le citoyen dispose d'un droit à la vérité, une vérité à l'établissement de laquelle il doit participer, comme il le doit aussi pour l'emploi, la santé, l'éducation.
Mais une vérité pour laquelle, s'il doit connaître ses droits, il doit également être conscient de ses devoirs, dans le sens d'une plus grande responsabilisation.
La qualité du débat, on le sait depuis longtemps, passe par l'éducation. Pas de débat, sans savoir. Pas de savoir sans formation.

Nous avons en cette matière deux obligations impérieuses.
· La première c'est d'amplifier l'éducation initiale à l'eau et à l'environnement dès les premières années de l'enfance, non pas d'une manière anecdotique et spectaculaire, mais en amenant profondément dans la culture de nos jeunes, les notions de protection et de valorisation.
· La seconde, c'est d'établir une véritable politique de formation professionnelle dans le domaine de l'eau et de l'assainissement, comme cela est le cas pour l'électricité et l'énergie. La France, la Méditerranée, a besoin de spécialistes, pas seulement au sens technique de l'eau, à tous les niveaux, et le déficit se fait aujourd'hui cruellement sentir.
Au-delà de cela, il y a évidemment la recherche, la recherche au service du développement avec des moyens démultipliés à donner au couple université-entreprise et la facilitation à la création de réseaux internationaux d'échanges dans les domaines que nous évoquons ici.

Au moment de conclure mon propos sur l'innovation et sa place dans la politique mondiale de l'eau, permettez-moi de formuler trois souhaits précis, au nom de la communauté méditerranéenne.
· Le premier est que dans chaque pays, chaque entreprise, publique ou privée, nous amplifions les efforts consentis en faveur de la recherche-développement ;
· Le second est que nous favorisions, autant que le permet l'influence de chacun de nous, la constitution et l'interconnexion de réseaux d'échanges du savoir, quelles qu'en soient les thématiques ;
· Le troisième est que, dans le même temps, nous ne nous exonérions pas des exigences de la gestion quotidienne, celles-là même qui garantissent la qualité du service au public.
Nous avons à satisfaire ce besoin, cette envie d'écoute entre scientifiques. L'échange, les échanges, sur l'eau sont ancestraux ; en même temps, ils n'ont jamais été aussi contemporains.
Souhaitons très simplement qu'à travers vos travaux, notre communauté apporte sa contribution pour garantir durablement ce parfait équilibre entre la nature

FORUM: EAU



Introduction par Philippe ZANIN

Président de Séance

Confirmation pour l'ensemble des experts scientifiques et professionnels présents (Messieurs Loïc Fauchon Vice Président du Conseil Mondial de l'Eau, Jean Vergne Consultant de l'UNESCO sur l'Eau, Hachimi Kennoui Directeur Institut Méditerranéen de l'Eau) du rôle majeur de l'innovation pour résoudre le problème de l'eau, particulièrement crucial en méditerranée, dans le cadre d'une approche durable du développement (respect à long terme des contraintes sociales, culturelles et environnementales).

Unanimité des participants sur la nécessité d'appréhender l'innovation de façon globale et non pas uniquement sur le plan technologique (innovation institutionnelle, innovation contractuelle, innovation financière innovation relationnelle appliquée à la communication et à l'éducation sur le grand public et les décideurs publics et privés).

Sur plan de l'innovation technologique, cette approche globale doit également impérativement s'appliquer pour concevoir des systèmes de production, de distribution et d'assainissement d'eau

aux attentes et contraintes locales tout en respectant cette volonté de durabilité pour préserver le patrimoine des futures générations.

Pour obtenir cette innovation adaptée, il faut absolument respecter deux règles.

1- une approche réellement interdisciplinaire appliquée aux opérateurs de conception et de réalisation des installations (équipes associant entreprises, experts de l'eau mais aussi sociologues, économistes, géographes …)

2- l'utilisation de méthodes de conception et de gestion de projets permettant d'aboutir in fine à des installations adaptées et durables (approche systémique intégrant tous les paramètres techniques et non techniques dès la conception).
Reconnaître le rôle majeur des entreprises privées dans ce processus d'innovation adaptée dans le domaine de l'eau, en associant dès leur lancement les entreprises concernées aux équipes chargées des projets d'utilité publique.

Appliquer cette nouvelle approche interdisciplinaire et méthodique dès aujourd'hui sur des projets concrets au Maghreb, à caractère particulièrement démonstratif, pour finir de démontrer l'intérêt de cette approche.

Constater qu'il existe de nombreux projets potentiels et en cours au sein des entreprises publiques, entreprises privées, école d'ingénieurs et laboratoires universitaires. Le problème étant que l'approche multi-partenariale et interdisciplinaire n'est pas vraiment appliquée à ces projets et que de ce fait beaucoup d'entre eux ne se concrétisent pas ou se concrétisent mal. (Quatre exemples de projets en cours de montage ont été présentés).

Pire, la plupart de ces projets ne sont pas connus par les entreprises concernées. C'est pourquoi plusieurs recommandations ont été émises vers les CCI pour aider à l'identification et à la mise en oeuvre des projets avec l'approche durable préconisée :

1) Mettre en place une équipe multipartenariale permettant d'alimenter la base de données crée par la CCI Italienne en France et l'ASCAME sur l'offre des projets technologiques labellisés au niveau pertinence et qualité en s'appuyant sur le Réseau Méditerranéen des Ecoles d'Ingénieurs.

2) Renforcer les rencontres opérationnelles entre les entreprises et les acteurs scientifiques et technologiques sous la forme de conventions d'affaires :
è très généralistes un l'eau comme Hydrotop à Marseille
è spécialisées sur l'innovation durable pour l'eau lors de notre Convention euro-méditerranéenne sur le transfert de technologies.

3) Mettre en place au travers des Ecoles d'ingénieurs et de management de la Méditerranée des formations courtes et efficaces, pour tous les acteurs de l'eau concernés, sur l'approche interdisciplinaire et les méthodes de conception systématique permettant l'innovation durable.

4) Former également des cadres supérieurs à double compétence technique et managériale capables de monter et de piloter des grands projets associant de très nombreux partenaires de plusieurs pays et de cultures très différentes.
5) mettre en place un partenariat encore plus actif entre les CCI méditerranéennes et le RMEI pour aider à la création de structures de transfert de technologies efficaces dans chaque pays du Maghreb et à la mise en réseau de ces structures de transfert pour faire du partenariat sud/sud en complément du partenariat nord/sud. Bien orienter les structures de transfert pour ne pas les limiter à la valorisation des résultats scientifiques des laboratoires publics mais les orienter prioritairement sur l'analyse des attentes et contraintes des entreprises (de l'eau notamment, mais pas seulement) et un transfert d'expérience déjà validé sur le terrain (exemple : système de gestion multimédia des systèmes de production et distribution de l'eau.

Enfin, les participants au Forum émettent une recommandation pour les futures éditions de notre Convention euro-méditerranéenne sur le transfert de technologie :

maintenir pour toutes les futures éditions les trois thèmes : eau, énergie, transport-logistique qui sont des domaines majeurs pour la méditerranée

ajouter un quatrième thème correspondant à une autre demande prioritaire en fonction du pays d'accueil et de son actualité (exemple : technologie, innovation et culture pour la prochaine Convention à Gênes.


"PROBLEMATIQUES SUR LE TRANSFERT DE TECHNOLOGIES DE L'EAU EN MEDITERRANEE"

Jean VERGNES - Expert Eau à l'UNESCO
Hachmi KENNOU- Directeur Exécutif de l'Institut Méditerranéen de l'Eau

LE CONTEXTE

I.- Des connaissances générales


Les 7 plaies de la Terre
Depuis un siècle, la biosphère subit des dégradations croissantes, le plus souvent d'origines anthropiques.
On peut identifier sept principales plaies du XXIe siècle qui affectent toutes les composantes de la biosphère, c'est-à-dire la Vie : changements climatiques, consommation croissante d'énergie, croissance de la population , pollution chimique, dégradation des ressources en eau, trous polaires de la couche d'ozone, urbanisation anarchique. La dégradation des ressources en eau est liée à toutes les autres "plaies", sauf, peut-être, les trous polaires de la couche d'ozone.
Concernant plus particulièrement les ressources en eau, il est certain que de graves difficultés d'approvisionnement en eau potable constituent une dure réalité pour les habitants d'un certain nombre de régions du monde : un facteur d'accélération de la pauvreté. La région méditerranéenne est particulièrement touchée.
En réalité c'est tout le devenir de toutes les espèces vivantes interdépendantes qui est concernée.


De l'Eau !
L'eau donne et entretient la vie à toutes les espèces vivantes. Pour l'homme elle assure, en plus de l'alimentation, l'hygiène, la santé, le confort, les loisirs. Si cette eau ne se trouve pas en quantité suffisante, d'accès facile , douce et non polluée, il y a pénurie d'eau potable.
Lors de ses déplacements, cette eau dissout ou emporte tout ce qu'elle rencontre lors de sa circulation terrestre ou atmosphérique. Suivant son utilisation, elle peut alors diffuser des pollutions, propager des maladies, dégrader voire détruire la vie. Il y a encore pénurie d'eau potable.
Un don de Dieu inépuisable et éternellement pur ? En tout cas, la meilleure ou la pire des choses.
Inépuisable ? Non, car le volume terrestre de la ressource d'eau renouvelable est constant. Comme la population mondiale croît de façon régulière, le volume moyen d'eau par habitant ne fait que décroître.
Éternellement pure ? Sûrement pas, malgré parfois sa limpidité apparente, elle est très fragile et se pollue facilement. Une simple élévation de température de 1°C peut entraîner des désordres dans l'écosystème que constitue un cours d'eau.
Si on peut constater des progrès dans les usages et la préservation de cette ressource vitale, cela reste très insuffisant : on observe une dégradation croissante de la qualité de l'eau et une diminution des quantités disponibles.


Des origines de cette crise planétaire de l'eau et des conséquences

Origines naturelles
Influence climatique (éruption volcanique, perturbation solaire, effet de serres. Mauvaise répartition des ressources (zones favorisées, semi-arides ou arides). Volume constant des ressources en eau (depuis la création du monde). Puissant solvant, en perpétuel mouvement, l'eau entraîne ou dissout tout, ou presque, ce qu'elle rencontre dans ses déplacements.

Origines anthropiques
Égoïsme et absence de civisme. Ignorance . Complexité des problèmes posés du fait du nombre paramètres impliqués. Contraintes financières. Poids des cultures régionales. Pression des pouvoirs établis. Absence de volonté politique. Autorité défaillante. Taux de croissance de la population et des migrations (saisonnières/définitives). Pression de la pauvreté. Gaspillage.. Décharges sauvages. Piratages de l'eau. Croissance anarchique des métropoles. Pouvoir . Qualité incertaine de données actuelles et des interprétations associées.

Le Gaspillage
Les mesures gouvernementales doivent privilégier une politique de lutte contre les gaspillages aux recherches systématiques de nouvelles ressources d'eau (forages, unités de dessalement, transport en eau). Ceci n'interdit pas de mettre en œuvre momentanément de nouvelles sources d'eau dans cette situation de crise aiguë. Par contre, il reste très souhaitable d'imposer parallèlement des mesures d'économie et une politique "anti-gaspi". L'Europe n'a pas su faire l'économie d'une crise de l'eau. Pour ne parler que du gaspillage, de 40 à 60 % (parfois plus) de l'eau prélevée sont perdus (réseaux vétustes, prélèvements clandestins, relevés non effectués, …).
Les réseaux de tuyauteries des grandes villes européennes peuvent perdre jusqu'au 80 de l'eau qu'ils transportent, à cause de leur mauvais état. La commission Économique pour l'Europe de l'ONU évalue ces pertes à 10 milliards de dollars annuels (58 milliards de FF)
En Espagne la moyenne d'eau perdue par ces fuites se situe à 27%, mais peut arriver dans certaines villes jusqu'au 50% d'après l'Association Internationale pour l'approvisionnement de l'eau. Quelques villes du Mexique arrivent à perdre le 60%de l'eau à cause des fuites dans les vétustes systèmes de distribution, comme déclareront les experts réunis pour le Séminaire International pour la Gestion de l'Eau qui eut lieu en Juillet 1996 dans la localité de Aguascalientes. Les résultats de divers pays démontrent, par contre, que les agriculteurs qui sont passés de l'arrosage par sillons ou par aspersion à des systèmes efficients de goutte à goutte ont réduit leur consommation d'eau entre 30 et 60% en accroissant souvent simultanément la productivité de leurs cultures.
La consommation domestique en Europe est de l'ordre de 150 litres/pers/jour. En Afrique, elle peut être au dessous de 30. Aux USA, 600 (jusqu'à 4000)

Conséquences graves
Assèchement des ressources. Insécurité alimentaire. Insalubrité. Politique nationale/régionale "eau" inexistante/insuffisante/inopérante. Hygiène insuffisante. Santé publique (fièvre typhoïde, gale, choléra, …). Hauteurs des investissements. Inquiétude et tensions sociales .

Le problème de la santé
Chaque année, plus des millions de personnes meurent de maladies liées à sa consommation, au manque d'hygiène dans le foyer ou aux défauts des canalisations. Et la diarrhée, causée dans un 30%des cas par l'eau et donnant lieu à une grave déshydratation et malnutrition, tue chaque année presque 3 millions d'enfants de moins de cinq ans, ce qui représente le quart des morts de ce groupe d'âge.
Les risques pour la santé associés à la consommation d'eau seront spécialement importants dans les zones urbaines en expansion rapide où l'accroissement de la population et la construction de grandes métropoles limiteront encore d'avantage la disponibilité d'eau, au dire des experts.
L'OMS calcule que la morbidité (nombre de cas) et la mortalité (nombre de morts) dérivées des maladies graves liées à l'eau se réduiraient de 20 à 80% si on la rendait potable et on garantissait une canalisation adéquate.
Les agents pathogènes qui prospèrent dans les milieux aquatiques peuvent provoquer le choléra, la fièvre typhoïde, des dysenteries, la poliomyélite, l'hépatite et la salmonellose. Ils se transmettent lorsqu'on boit de l'eau infectée, on mange du poisson et des crustacés contaminés, l'on se baigne, nage ou traverse à gué des eaux contaminées ou par des insectes et des escargots aquatiques.
D'après l'OMS, la schistosomiase tue chaque année quelques 20.000 personnes. On la contracte en se lavant ou se baignant dans des rivières, lacs ou canaux infectés. Un ver nommé schistosome pénètre par la peau, arrive dans le sang et s'installe dans les vaisseaux sanguins des intestins ou de la vessie, causant, par exemple, un type de cancer de vessie qui est la principale cause de mort chez les hommes de moins de 44 ans en Égypte. Le nombre de cas de dracunculose a diminué d'un 97% depuis 1986 grâce au mesures de prévention adoptées, comme la filtration de l'eau, la désinfection des étangs, l'installation de pompes et la protection des fontaines. La dracunculose est causée par un parasite connu comme ver de Guinée. La femelle adulte peut mesurer jusqu'à un mètre de longueur et deux millimètres de largeur.
Quelques 200 millions de personnes d'Asie, d'Afrique et d'Amérique Latine souffrent de giardiase, une infection intestinale qui se transmet surtout par la consommation d'eau polluée par des matières fécales. Elle cause de la diarrhée, des douleurs abdominales et des pertes de poids. Chaque année l'on enregistre 50.0000 nouveaux cas, la plupart chez des enfants.
Aux États Unis, l'Agence pour la Protection de l'Environnement des USA calcule que les maladies infectieuses transmises par l'eau coûtent au pays 10 milliards de dollars par an. En 1993 la pollution de l'approvisionnement d'eau de Milwaukee rendit malades plus de 400.000 personnes, dont 104 moururent. Le désastre coûta à la ville quelques 150 millions de dollars (870 millions de FF).
En Russie, certaines zones des fleuves Volga, Dvina et Obi constituent un danger, parce qu'elles contiennent des bactéries du choléra, du typhus et la dysenterie, en plus du virus de l'hépatite, qui se propagent à travers les systèmes d'approvisionnement et contaminent l'eau potable.
En 1991 l'on considéra que l'eau déversée par un cargo chinois était coupable d'avoir introduit la sorte asiatique du choléra dans les eaux du Pérou. Après le déversement, les bactéries se propagèrent rapidement dans l'écosystème marin infectant le plancton et arrivant jusqu'à la population humaine à travers la consommation d'eau, de poisson et de crustacés contaminés. Deux ans après le déversement l'on avait enregistré plus de 500.000 cas de choléra en Amérique Latine, 200.000 d'entre eux au Pérou.
D'après une étude réalisée par Medicus Mundi au Gujerat, un état situé à l'ouest de l'Inde, l'eau des puits analysés était contaminée à un très haut degré par des matières fécales, contamination responsable de la présence importante de parasites dans la zone. On analysa plus de 200 personnes et il s'avéra que le 87,3% était infecté par des parasites intestinaux. 85,3%était porteur de parasites pathogènes.

Le constat actuel
La crise de l'Eau ? Assurément un problème planétaire dont la complexité est accentuée par :
Le poids de l'ignorance ,
La tiédeur des bonnes décisions, les mauvaises décisions ou, pire, l'absence de décision,
Les difficultés pour développer des actions de recherches pluridisciplinaires,
Les données "eau" à déterminer, à réactualiser, à revoir , à normaliser, à diffuser.


Une crise pour laquelle seuls les peuples qui supportent les dures conséquences d'une eau rare et polluée, s'interrogent sur les mesures urgentes, mêmes partielles, à prendre. Indifférents ou sourds aux appels multiformes de détresse, ceux qui ont encore assez d'eau en apparence limpide, restent convaincus que le problème de l'eau serait pour "demain" et "ailleurs". Et si problèmes il y a, Dieu ou la Science sont là pour les résoudre.
Au début de ce XXIe siècle, les insuffisances des politiques nationales visant une utilisation durable des ressources en eau, concertées à l'échelle régionale, ne peuvent qu'entraîner à moyen terme de profondes tensions sociales et hypothéquer l'avenir des régions impliquées …
Mais ni les gouvernements, ni la communauté internationale, ne sont préparés pour pallier les troubles sociaux et les conflits extérieurs qui pourraient se produire si la pénurie d'eau s'aggravait et se généralisait (Worldwatch Institute - 2001).
La société devra-t-elle attendre de nouvelles catastrophes écologiques encore plus significatives que celles de la fin de ce siècle pour prendre les décisions qui s'imposent ?
Il reste une inquiétude : l'Homme est capable de s'habituer aux pires conditions de vie.


Une crise planétaire
"Crise" signifie absence de décisions , décisions timide ou mauvaise décision concernant la gestion durable des ressources d'eau.
"L'avenir de la planète est entièrement entre nos mains et si des catastrophes surviennent un jour, ce sera en raison de nos mauvaises décisions politiques ou de notre absence de décisions politiques "
La gestion durable des ressources d'eau, nationales ou internationales, fossiles ou renouvelables, pose des problèmes d'une extrême complexité. Une complexité issue du grand nombre de paramètres impliqués et du poids, longtemps ignoré, des sciences sociales et humaines (comportements humains, démographie, développement économique, urbanisation, santé, …). Dans ce contexte, la définition et la mise en œuvre réussie d'une politique nationale de l'eau sont liées à un préalable incontournable : la mise en place d'une politique d'éducation et de communication en matière d'eau de la population.


Éducation et Communication en matière d'eau pour la population
En 1980, on parlait de "mesures universelles de protection des ressources d'eau planétaires de manière à garantir leur non leur épuisement".
En mai 2000, au Sommet de Malmö, Kofi Annan a demandé solennellement "d'entreprendre un effort majeur d'éducation du public, car nous n'arrivons même pas à maintenir un débat sur la question".
L'ignorance a effectivement une grande responsabilité dans cette crise de l'eau douce que la société humaine maîtrise globalement très mal et dont tous les pays subissent de façon croissante. Cette ignorance constitue l'un des éléments expliquant le décalage entre les discours officiels et les résultats obtenus.
Cette crise apparaît donc comme un problème de société dont les solutions envisageables impliquent :

v Une modification des modes de vie et des pratiques culturelles pour permettre une gestion durable de l'eau ;
v Une prise de conscience : la dégradation de l'eau ne peut plus être acceptée comme le prix à payer pour ce que l'on appelle la croissance économique, le progrès et l'ignorance ;
v La promotion d'une éthique de l'eau.

L'éducation des publics (information, sensibilisation, …) et la recherche d'une communication de qualité sont les seules démarches pour faire comprendre à chaque individu que "le ciel pourrait bien lui tomber un jour sur la tête" s'il ne change pas ses comportements sociaux, son mode de vie et ses pratiques culturelles.


Le concept d'éducation d'une population
Une éducation des population à un problème complexe qui est celui de l'éducation de publics différents pour faire découvrir la nécessité de nouveaux modes de vie, pour apprendre à mieux gérer des ressources, pour mobiliser les esprits, pour promouvoir la responsabilité, pour faciliter le dialogue, pour former les experts, … le terme d'éducation rassemblant les concepts information, sensibilisation, éducation de base et formation.
"C'est l'affaire de tous !" dit-on souvent. A cette phrase, qui n'aura aucune vertu magique sur le comportement des individus par le fait de la répéter, il conviendrait mieux de susciter un débat social et politique.
Un débat qui permettrait, en particulier, de rappeler que si les aspects financiers et les prises de décision constituent les fondations de toute solution envisagée, une éducation de la société en constitue la clef de voûte, une éducation pour laquelle les adultes constituent une priorité : ce sont les adultes qui vont décider du devenir de la Planète dans la décennie à venir et pas les enfants.


Des éléments identifiés de stratégie conduisant à une politique nationale
v Connaître l'existant
v Éduquer les différents publics d'une population pour responsabiliser les individus, sensibiliser les décideurs, favoriser les modifications des modes de vie, faciliter la participation, promouvoir la concertation, accepter certaines valeurs comme des règles de vie (protection, solidarité, partage, …), maîtriser quelques savoirs de base qui permettent de contribuer à une meilleure gestion durable des ressources naturelles.
v Assurer de façon urgente des études économiques comparées de tous les processus permettant de résoudre la pénurie, tout particulièrement ceux qui prennent en compte une diminution du gaspillage.
v Privilégier l'économie et la lutte contre le gaspillage à la production de nouvelles sources d'eau.
v Renforcer des systèmes d'information
v Mettre en œuvre un corpus de règles pour gérer de façon durable des relations entre l'Homme et l'Eau
v Former l'expertise pluridisciplinaire nécessaire
v Donner un rôle majeur aux sciences sociales et aux sciences humaines
v Promouvoir des activités de recherche interdisciplinaire de solutions, même partielles, aux problèmes posés
v Une volonté des responsables institutionnels
v Proposer une politique nationale assortie des outils nécessaires(tarification, lois, décrets d'application, contraintes, évaluation des coûts, financements, concertations interministérielles, …)


Les données de la situation hydrique actuelle
La littérature de l'Eau propose souvent des données caractéristiques variables, contestables, vieillissantes, de qualités suspectes, d'origines inconnues. Le problème a été déjà soulevé plusieurs fois par des experts mais aussi dans le rapport GEO2000 du programme des Nations Unies pour l'Environnement :


"…Contrairement à ce qui existe dans le cas du commerce, du développement ou de données sur la population, il n'y a pas encore, dans le cas des études environnementales, de base centrale de données uniformisées. Les contraintes limitant la qualité des données peuvent être d'ordre institutionnel (moyens limités, unités de mesures non standardisées, coûts des mesures), technique (définitions différentes des paramètres à mesurer, différences d'interprétation, difficultés de mesure pour certains paramètres,…)… Il s'ensuit que sur certains sujets,… les données sont inexistantes ou trop imprécises… En effet, lors d'une étude comparative des inventaires d'émissions de l'Union européennes et des États membres, ceux-ci se sont révélés erronés et non fiables… Une autre limitation importante est le manque de transparence dans l'accès aux données pour des raisons commerciales ou politiques, en particulier sur des données considérées comme stratégiques (celles des ressources en eau, …)".


On peut aussi relever une connaissance insuffisante de certaines notions relevant de la théorie de la mesure mais aussi une diffusion rapide par Internet de données pour lesquelles il n'existe aucune certification ou caractéristiques (lieu, auteur, année, précision de la mesure). Ce problème devrait progressivement se résoudre si les directives émises par le bureau des Statistiques des Nations Unies sont prises en compte, si les chercheurs sont plus exigeants sur la notion de mesure, si les mentalités des responsables institutionnels évoluent.
Si on ajoute les confusions sur les définitions usuelles, le poids de la terminologie technique, l'insuffisance de données relevant de l'économie de l'eau, les difficultés pour réaliser une approche pluridisciplinaire des solutions envisageables (fortement demandée depuis des décennies), les ambiguïtés dans l'interprétations des données peu évidentes, … on peut comprendre les interrogations et les doutes des décideurs non-spécialistes, les erreurs de stratégie commises, les difficultés dans les échanges d'informations.
Des faits qui contribuent à amplifier fortement la complexité de la problématique générale. Des faits qui invitent la communauté scientifique internationale à réactualiser, à harmoniser et faire des études comparées des données proposées notamment par les banques de données existantes. Ce processus d'une meilleure connaissance de l'existant, devrait permettre de faire des études prospectives significatives tout particulièrement l'avenir de savoir à la fois jusqu'à quand la Terre pourra tolérer le rythme actuel d'exploitation des ressources en eau douce.
On peut enfin noter l'ignorance de nombreux propositions/recommandations/méthodologie/guides de l'expertise internationale, relevant souvent d'organisations intergouvernementales (ONU, OCDE, …) ou d'ONG (Plan Bleu, …).

Des éléments de la situation dans la région Méditerranée
Pour la plupart des pays méditerranéens, en particulier ceux du Sud, la question de l'eau potable constitue un défi permanent aux enjeux multiples mais aussi un problème pour lequel "il existe un décalage inquiétant entre les engagements des décideurs et les actions réalisées" , malgré les recommandations des organisations intergouvernementales , le nombre croissant d'articles de presse et les manifestations d'inquiétude de la société civile.
Les pénuries croissantes d'eau potable sont surtout liées à une répartition géographique inégale des ressources en eau, aux prélèvements de l'agriculture, à l'augmentation des populations, à la pollution, aux fortes migrations vers les villes, aux changements climatiques (effet de serre et désertification pour lesquels tous les pays du monde ont une responsabilité). Pour certains pays, il faut ajouter l'apport saisonnier croissant de touristes qui complique les problèmes posés et impliquent souvent des mesures nationales de restrictions.
La pénurie des sources d'eau, fragile et limitée, semble s'amplifier d'année en année, même si on peut noter des modifications sensibles des modes de vie, des pratiques agricoles et des processus industriels.
Une crise qui affecte profondément l'Afrique du Nord où le stress hydrique est très important, mais aussi l'Europe du Sud (Espagne, France , Grèce, Sicile, …). Il y a d'abord des problèmes liés à la qualité de l'eau dont les origines sont bien identifiées (pollutions agricoles, gestion insuffisante des rejets, …).
Il y a aussi des problèmes de quantité, excès ou pénurie.
Excès ? Les inondations (Algérie-11/2001, France-09/2002 et 2003, …) prennent des allures de catastrophe du fait de politiques d'aménagement du territoire défaillantes. De plus, en dehors des impacts socio-économiques, elles contribuent gravement à la pollution des nappes phréatiques.
Pénurie ? Dans le Sud Est de la France, le barrage de La Verne qui alimente un ensemble de communes touristiques (St-Tropez, Ramatuelle,…) avait en juin 2002 un niveau de "moins 18 mètres" par rapport à celui de juin 2001. Au début de l'été 2002, trois usines de dessalement de l'eau étaient programmées en Corse, les populations de la Sicile se révoltaient suite à une pénurie d'eau sans précédent, en Espagne il y avait de fortes tensions sociales pour les mêmes raisons, à Alger, des habitants avaient de l'eau 3 jours/semaine, parfois moins.
Au cours de l'été 2003, la pénurie a être sans précédent pour tous les pays de cette région. En France une soixantaine de départements étaient sinistrés. Plus d'eau potable !

Ces dernières années, l'Algérie a été le pays qui a certainement le plus souffert de pénurie d'eau en Méditerranée. Toutes les données d'une pénurie de l'eau en Méditerranée étaient portées à leur paroxysme : forte évaporation, mauvaise répartition des ressources, croissance démographique élevée, urbanisation anarchique, potentialité hydrique inférieure au seuil critique (500 m3/hab/an), gaspillages, décharges sauvages, rejets liquides mal gérés, pollutions agrico